Le zodiaque d' Esné, le tableau astronomique découvert par Champollion dans le rhamesseum de Thèbes remontent à la même origine, entre deux et trois mille ans avant notre ère ; Biot admet même pour celui-ci l' an 3285, l' équinoxe du printemps passant par les hyades, sur le front du Taureau. Le P Gaubil a constaté que, dès l' antiquité, les chinois ont rapporté le commencement du mouvement apparent du soleil aux étoiles du Taureau, et nous avons une observation chinoise de l' étoile (..) des pléiades comme marquant l' équinoxe de printemps l' an 2357 avant notre ère. Hésiode chante les pléiades dirigeant les travaux de l' année, et le nom de Vergiliae, que leur donnaient les anciens romains, les associent à l' origine de l' année au printemps. Sans entrer dans aucun détail de discussion sur les différents zodiaques qui nous ont été conservés des peuples les plus anciens et les plus divers, qu' il nous suffise de jeter un coup d' oeil sur ceux qui sont reproduits ici pour apprécier le rôle qu' ils ont joué dans les religions antiques. Plusieurs signes zodiacaux sont devenus de véritables dieux. Notre Fig 333 reproduit le planisphère égyptien des paranatellons, d' après l' Oedipe de Dircher. Celui qui est reproduit ensuite (Fig 334) p720 a été gravé au Xiiie siècle sur un miroir magique arabe dédié au prince souverain Aboulfald, " sultan victorieux, lumière du monde " , si l' on en croit l' inscription emphatique qui l' encadre. Le troisième est un ancien zodiaque indou. On voit aussi ci-dessous (Fig 336) un zodiaque chinois frappé sur un talisman encore en usage aujourd' hui ; mais ces douze signes diffèrent des nôtres ; ce sont : la souris, la vache, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, le bélier, le singe, la poule, le chien, le porc. Le quatrième représente aussi une médaille chinoise, sur laquelle on voit la constellation Téou, la Grande Ourse (qu' ils appellent le Boisseau), le serpent, l' épée et la tortue : c' est un talisman destiné à donner du courage ; il paraît que les chinois en ont un grand besoin et qu' elle est aussi répandue que les médailles de l' immaculée conception en France. De toutes les constellations zodiacales, c' est celle du Taureau qui a joué le principal rôle dans les mythes antiques, et, dans cette constellation même, c' est le tremblant amas des pléiades qui paraît avoir réglé l' année et le calendrier chez tous les anciens peuples. Le déluge mosaïque lui-même, rapporté au 17 athir (novembre), en commémoration d' une inondation importante, avait sa date en coïncidence avec l' apparition des pléiades. Mais nous oublions les étoiles. p722 Si l' on a bien suivi nos descriptions sur nos cartes, on connaît maintenant les constellations zodiacales aussi bien que celles du nord. Il nous reste peu à faire pour connaître le ciel tout entier. Mais il y a un complément indispensable à ajouter à ce qui précède. Les étoiles circumpolaires sont perpétuellement visibles sur l' horizon de Paris ; en quelque moment de l' année qu' on veuille les observer, il suffit de se tourner du côté du nord, et on les trouve toujours, soit au-dessus de l' étoile Polaire, soit au-dessous, soit d' un côté, soit de l' autre, gardant toujours entre elles les rapports qui nous ont servi à les trouver. Les étoiles du zodiaque ne leur ressemblent pas sous ce point de vue, car elles sont tantôt au-dessus de l' horizon, tantôt au-dessous. Il faut donc savoir à quelle époque elles sont visibles. Il nous suffira pour cela de rappeler ici la constellation qui se trouve au milieu du ciel, à neuf heures du soir, pour le premier jour de chaque mois, celle, par exemple, qui traverse à ce moment une ligne descendant du zénith au sud. Cette ligne est le méridien , dont nous avons déjà parlé : toutes les étoiles la traversent une fois par jour, marchant de l' est à l' ouest, c' est-à-dire de gauche à droite. En indiquant chacune des constellations qui passent à l' heure indiquée, nous donnons aussi le centre des constellations visibles. (ces indications sont inscrites, pour neuf heures du soir et minuit, sur la bande équatoriale de notre planisphère céleste, Plvi.) le 1 er janvier, le Taureau passe au méridien à 9 heures du soir : remarquer Aldébaran, les pléiades. -au 1 er février, les Gémeaux n' y sont pas encore, on les voit un peu à gauche. - 1 er mars : Castor et Pollux sont passés, Procyon au sud ; les petites étoiles de l' écrevisse à gauche. - 1 er avril : le Lion, Régulus. - 1 er mai : (..) du Lion, Chevelure De Bérénice. - 1 er juin : l' épi de la Vierge, Arcturus. - 1 er juillet : la Balance, le Scorpion. - 1 er août : Antarès, Ophiuchus. - 1 er septembre : Sagittaire, Aigle. - 1 er octobre : Capricorne, Verseau. - 1 er novembre : Poissons, Pégase. - 1 er décembre : le Bélier. Notre revision générale du ciel étoilé doit maintenant être complétée par les astres du ciel austral. Observez notre carte zodiacale : au-dessous du Taureau et des Gémeaux, au sud du zodiaque, vous remarquerez le géant Orion qui lève sa massue vers le front du Taureau. Sept étoiles brillantes se distinguent ; deux d' entre elles, (..), sont de première grandeur ; les cinq autres sont de second ordre. (..) marquent les épaules, (..) le genou droit, (..) le genou gauche ; (..) marquent le Baudrier ou la ceinture ; au- dessous de cette ligne est une traînée lumineuse de trois étoiles très rapprochées : c' est l' épée. Entre l' épaule occidentale et le Taureau, se voit le bouclier, composé d' une file de petites p723 étoiles. La tête est marquée par une petite étoile, (..), de quatrième grandeur. Par une belle soirée d' hiver, tournez-vous vers le sud, et vous reconnaîtrez immédiatement cette constellation géante. Les quatre étoiles (..) occupent les angles d' un grand quadrilatère, les trois autres, (..), sont serrées en ligne oblique au milieu de ce quadrilatère. (..), de l' angle nord -est, se nomme Betelgeuse (ne pas lire Beteigeuse, comme la plupart des traités l' impriment) ; (..), de l' angle sud-ouest, se nomme Rigel. La ligne du Baudrier, prolongée des deux côtés, passe au nord-ouest par Aldébaran ou l' oeil du Taureau, que nous connaissons déjà, et au sud-est par Sirius, la plus belle étoile du ciel, dont nous nous occuperons bientôt. Cette belle constellation est facile à reconnaître : 1 sur le frontispice même de la P 701 ; 2 sur le plan zodiacal de la P 716 ; 3 sur notre planisphère céleste (Plvi) sur lequel toutes les étoiles du ciel sont placées, jusqu' à la quatrième grandeur. C' est pendant les belles nuits d' hiver que cette constellation brille le soir sur nos têtes. Nulle autre saison n' est aussi magnifiquement constellée que les mois d' hiver. Tandis que la nature nous prive de certaines jouissances d' un côté, elle nous en offre en échange de non moins précieuses. Les merveilles des cieux se présentent depuis le Taureau et Orion à l' est, jusqu' à la Vierge et au Bouvier à l' ouest : sur dix-huit étoiles de première grandeur que l' on compte dans toute l' étendue du firmament, une douzaine sont visibles de neuf heures à minuit, sans préjudice des belles étoiles de second ordre, des nébuleuses remarquables et d' objets célestes très dignes de l' attention des mortels. C' est ainsi que la nature établit une compensation harmonieuse, et que, tandis qu' elle assombrit nos journées d' hiver rapides et glacées, elle nous donne de longues nuits enrichies des plus opulentes créations du ciel. La constellation d' Orion est non seulement la plus riche en étoiles brillantes, mais elle recèle encore pour les initiés des trésors que nulle autre ne saurait offrir. On pourrait presque l' appeler la Californie du ciel. Au sud-est d' Orion, sur la ligne des trois rois, resplendit la plus magnifique de toutes les étoiles, Sirius, ou (..) de la constellation du Grand Chien. Cet astre de première grandeur marque l' angle supérieur oriental d' un grand quadrilatère dont la base, voisine de l' horizon à Paris, est adjacente à un triangle. Cette constellation se lève, p724 le soir, à la fin de novembre, passe au méridien à minuit à la fin de janvier, et se couche à la fin de mars. Elle a joué le plus grand rôle dans l' astronomie égyptienne, car c' est elle qui réglait le calendrier antique. C' était la fameuse canicule : elle prédisait l' inondation du Nil, le solstice d' été, les grandes chaleurs et les fièvres ; mais la précession des équinoxes a depuis trois mille ans reculé d' un mois et demi son époque d' apparition, et aujourd' hui cette belle étoile n' annonce plus rien, ni aux égyptiens qui sont morts, ni à leurs successeurs. Mais nous verrons plus loin ce qu' elle nous apprend sur les grandeurs de l' univers sidéral. Le Petit Chien, ou Procyon, que nous avons déjà vu sur nos cartes zodiacales, se trouve au-dessus de son aîné et au-dessous des Gémeaux Castor et Pollux, à l' est d' Orion. Si ce n' est (..), aucune étoile brillante ne le distingue. L' Hydre est une longue constellation qui occupe le quart de l' horizon, sous l' écrevisse, le Lion et la Vierge. La tête, formée de quatre étoiles de quatrième grandeur, est à gauche de Procyon, sur le prolongement d' une ligne menée par cette étoile et par Betelgeuse. Le côté occidental du grand trapèze du Lion, comme la ligne de Castor et Pollux, se dirige sur (..), de seconde grandeur : c' est le coeur de l' Hydre ; on remarque des astérismes de second ordre, le Corbeau, la Coupe. L' éridan, la Baleine, le Poisson Austral et le Centaure sont les seules constellations importantes qu' il nous reste à décrire. On les trouve dans l' ordre que nous venons d' indiquer, à la droite d' Orion. L' éridan est un fleuve composé d' une suite d' étoiles serpentant du pied gauche d' Orion, Rigel, et se perdant sous l' horizon. Après avoir suivi de longues sinuosités, il se termine par une belle étoile de première grandeur, (..), ou Achernar. C' est le fleuve dans lequel tomba Phaéton, qui conduisait maladroitement le char du soleil ; il fut placé dans le ciel pour consoler Apollon de la mort de son fils. Pour trouver la Baleine, on peut remarquer au-dessous du Bélier une étoile de seconde grandeur qui forme un triangle équilatéral avec le Bélier et les pléiades : c' est (..) de la Baleine, ou la Mâchoire ; (..) forment un parallélogramme qui dessine la tête. Cette base, (..), se prolonge sur une étoile de troisième grandeur, (..), et sur une étoile du Cou marquée (..). Cette étoile est l' une des plus curieuse du ciel : on la nomme Merveilleuse, Mira Ceti. Elle appartient à la classe des étoiles changeantes . Tantôt elle égale en éclat les étoiles de second ordre, tantôt elle devient complètement invisible. On a suivi ces p725 variations depuis la fin du seizième siècle, et l' on a reconnu qu' elles se reproduisent périodiquement tous les 331 jours en moyenne. L' étude de ces astres singuliers nous offrira de curieux phénomènes. Enfin la constellation du Centaure est située au-dessous de l' épi de la Vierge. L' étoile (..), de seconde grandeur, et l' étoile (..), de troisième, marquent la tête et l' épaule : c' est la seule partie de cette figure qui s' élève au-dessus de notre horizon. Le Centaure renferme l' étoile la plus rapprochée de nous, (..), de première grandeur, dont la distance est de dix trillions de lieues. Les pieds de derrière touchent à la Croix Du Sud, formée de quatre étoiles de seconde grandeur, toujours cachée sous notre horizon. Elle règne en silence sur les solitudes glacées du pôle austral, où le navire ne s' avance qu' avec inquiétude. Plus loin, au centre de l' autre hémisphère, se trouve le pôle austral céleste, qui n' est marqué par aucune étoile remarquable... c' est dans cette région que le Dante, après avoir visité l' enfer, enfermé au centre de la terre, raconte qu' il est sorti de ce monde pour atteindre la montagne du purgatoire, et de là les hauteurs du paradis. Ces beaux rêves ont disparu au soleil de l' astronomie moderne. Complétons ces descriptions par une petite chronologie astronomique qui ne manque pas d' intérêt. D' après l' examen attentif des plus anciennes sources historiques de notre astronomie classique, voici dans quel ordre les constellations paraissent avoir été remarquées, formées et nommées, en commençant par les plus anciennes... etc. p727 Telles sont les constellations, anciennes et modernes, vénérables ou récentes, entre lesquelles la sphère céleste a été partagée. Les anciennes sont respectables et respectées, à cause de leurs rapports connus ou occultes avec les origines de l' histoire et de la religion ; les nouvelles devaient être éphémères, et la double carte céleste reproduite à notre supplément les étoiles est la seule qui les renferme toutes. Il est utile de les connaître, parce que plusieurs étoiles, célèbres à différents titres, ont pour principale désignation leur position p728 dans ces astérismes ; mais ce que nous pouvons désirer de mieux est de les voir disparaître. On a essayé, du reste, bien d' autres substitutions. Je possède dans ma bibliothèque un splendide in-folio de l' an 1661, contenant 29 planches gravées, peintes, enluminées, argentées et dorées, parmi lesquelles on en admire deux qui représentent le ciel délivré des païens et peuplé de chrétiens. On les a reproduites comme on a pu sur nos p729 Fig 339 et 340, trop petites pour contenir une telle population. Au lieu de divinités plus ou moins vertueuses, au lieu d' animaux de toutes formes plus ou moins fantastiques, on y contemple les élus, apôtres, saints, papes, martyrs, personnages sacrés de l' ancien et du nouveau testament, noblement assis dans la voûte céleste, vêtus de riches costumes de toutes couleurs rehaussés d' or, soigneusement p730 installés à la place de tous ces héros païens qui depuis tant de siècles régnaient au ciel. L' auteur de cette métamorphose se nommait Jules Schiller, et c' est en l' année 1627 qu' il l' a mise au jour en accolant à son nom celui de Jean Bayer. Il commence sa dissertation en montrant combien les constellations païennes sont contraires au sentiment chrétien et même au simple bons sens. Il cite les pères de l' église qui les désapprouvent formellement : Isidore, qui les traite de diaboliques ; Lactance, qui réprouve la séduction du genre humain ; Augustin, qui en envoie les héros en enfer, etc. Puis il entre bientôt dans sa description : les planètes ont la première place, y compris le soleil et la lune. (il va sans dire que l' auteur reste dans le système de Ptolémée et du moyen âge, autrement son ciel chrétien n' aurait aucune excuse.) voici la première métamorphose : (..). Et l' auteur explique pourquoi : Jésus-Christ est le vrai soleil, le vrai roi du ciel et de la lumière ; la vierge Marie avait déjà la lune sous ses pieds, elle est blanche et pure et resplendit par la lumière du Christ ; Adam est bien le vieux père qui contient tout dans son orbite ; Moïse est le Jupiter du peuple de Dieu et de la sainte cause ; Josué en est le Mars vainqueur, puisqu' à sa voix le soleil lui-même a obéi et lui a permis d' exterminer tous ses ennemis ; quant à Jean le baptiseur remplaçant Vénus, j' ai été quelques minutes avant d' en bien saisir le motif, quand j' ai compris qu' en effet il a été " l' étoile matutinale de Jésus, le précurseur du soleil " ; enfin le prophète élie remplace Mercure parce qu' il a été enlevé au ciel dans un char de feu, et qu' il sera le messager de la fin du monde... passons maintenant au zodiaque : (..). Ces constellations formées au hasard, dans le cours des siècles, sans but déterminé, la grandeur incommode, l' indétermination de leurs contours, les désignations compliquées pour lesquelles il a fallu parfois p731 épuiser des alphabets entiers, le peu de goût avec lequel on a introduit dans le ciel austral la froide nomenclature d' instruments usités dans la science, à côté des allégories mythologiques, tous ces défauts accumulés ont déjà suggéré plusieurs fois des plans de réforme pour les divisions stellaires et le projet d' en bannir toute configuration. Mais les habitudes anciennes sont difficiles à oublier, et il est bien probable qu' à part les dernières, que nous pouvons supprimer dès maintenant, les vénérables constellations régneront toujours. Telles sont les provinces du ciel. Mais les provinces n' ont pas de valeur intrinsèque, l' important pour nous est de faire connaissance avec les habitants.