Sommaire

   

 

 

 

 

 

 

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Il est arrivé de nos jours une circonstance où la peur semblait, pour ainsi dire, scientifiquement justifiée ; nous voulons parler du retour de la petite comète de Biéla en 1832. En calculant l' époque de la future réapparition du nouvel astre, Damoiseau avait trouvé que la comète devait venir le 29 octobre 1832, avant minuit, traverser le plan dans lequel la terre se meut, et le seul endroit où une comète soit susceptible de rencontrer la terre. Le passage de l' astre devait, suivant le calcul, s' effectuer dans le plan, mais un peu en dedans de l' orbite de la terre et à une distance égale à quatre rayons terrestres et deux tiers. Comme la longueur du rayon de la comète était égale à cinq rayons terrestres et un tiers, il était de toute évidence que le 29 octobre 1833, avant minuit, une partie de l' orbite terrestre se trouverait occupée de la comète. Ces résultats, appuyés de toute l' autorité scientifique désirable, furent portés par les journaux à la connaissance des populations ; on peut imaginer la sensation profonde qu' ils produisirent. C' en était fait ! La fin des temps était proche ; la terre allait être brisée, pulvérisée, anéantie par le choc de la comète : tel fut le thème de toutes les conversations. Les esprits les plus forts en furent un instant ébranlés ! Mais une question restait à faire, et les journaux ne l' avaient ni posée, ni même prévue. En quel endroit de son immense orbite la terre se trouverait-elle le 29 octobre 1832, avant minuit, au moment où la comète franchirait cette orbite sur un de ses points ? -le calcul p616 résolut bien vite cette difficulté. Arago écrivit dans l' annuaire pour 1832 : " le passage de la comète très près d' un certain point de l' orbite terrestre aura lieu le 29 octobre avant minuit ; eh bien ! La terre n' arrivera au même point que le 30 novembre au matin, c' est-à-dire plus d' un mois après . On n' a maintenant qu' à se rappeler que la vitesse moyenne de la terre dans son orbite est de six cent soixante-quatorze mille lieues par jour, et un calcul très simple prouvera que la comète passera à plus de vingt millions de lieues de la terre . " il arriva ainsi qu' il avait été prédit, et la terre en fut encore quitte pour la peur. L' histoire du passé, avouons-le, c' est toujours l' histoire du présent. Bien que le niveau général de l' intelligence se soit élevé, il reste encore dans le fond de la société une couche assez intense d' ignorance sur laquelle l' absurde, avec toutes les conséquences ridicules et souvent funestes qu' il entraîne, a toujours chance de germer. La peur irréfléchie, la peur non motivée est une de ces conséquences, et la peur est une folle conseillère. Un grand nombre de nos lecteurs peuvent se souvenir que le retour de la comète de Charles-Quint avait été annoncé par un mystificateur pour le 13 juin 1857. Ce jour-là même, la comète devait rencontrer la terre et la fin du monde devait s' ensuivre. Les populations des départements étaient véritablement plongées dans l' effroi, et même, à Paris, on ne cessait d' entendre parler de la comète avec terreur. La destruction de la terre par une comète a été annoncée, plus récemment encore, pour le 12 août 1872, sous le prétendu patronage de M Plantamour, de Genève, qui certainement était bien étranger à une telle annonce. On a eu peur ; mais on n' en a pas moins vécu comme d' habitude, et la date fatale s' est passée sans catastrophe. Nous examinerons plus loin, non plus au point de vue légendaire de la fin du monde, mais sous un aspect exclusivement scientifique, ce qui pourrait résulter de la rencontre d' une comète avec notre globe. Il y a dix-huit siècles, Sénèque était plus avancé qu' un grand nombre de ses successeurs. p617 Seul ou presque seul, ce philosophe avait opposé sa puissante logique aux idées superstitieuses de ses contemporains et à celles d' Aristote, qui attribuait ces astres à des exhalaisons de la terre. " les comètes, dit-il, se meuvent régulièrement dans des routes prescrites par la nature " , et, jetant un regard prophétique vers l' avenir, il affirme que la postérité s' étonnera que son âge ait méconnu des vérités si palpables. Il avait raison contre le genre humain tout entier, ce qui équivaut à peu près à avoir tort, et pendant seize siècles encore la question ne fit aucun progrès, même dans ce seizième siècle si hardi pour secouer le joug d' autorités bien autrement puissantes . Képler lui-même après 1600, Képler le libre-penseur, le novateur astronomique, l' inventeur des lois qui règlent les mouvements célestes, admit les pronostics et les influences cométaires ; et cependant on ne peut pas reprocher une faiblesse superstitieuse à celui qui osait dire aux théologiens attaquant la doctrine de Copernic et de Galilée : " ne nous compromettez pas avec les vérités mathématiques : la hache à qui l' on veut faire couper du fer ne peut pas ensuite entamer même du bois " . Les observateurs du ciel, habitués à la grande régularité des mouvements p618 des astres, à ce calme, à cette paix qui caractérisent les régions célestes, ne pouvaient voir sans surprise et sans effroi des astres qui semblent éclore subitement dans toutes les régions du ciel, dont la forme et les appendices diffèrent en aspect des autres astres, qui semblent suivis ou précédés de traînées lumineuses souvent immenses, enfin dont la marche, contraire à celle de tous les autres corps célestes mobiles, se termine par une disparition aussi brusque que leur arrivée a été subite. Il n' est point étonnant que la crainte prît naissance entre l' étonnement et l' ignorance, tant il est naturel de voir des prodiges dans les choses qui paraissent extraordinaires et inexplicables. Il faut avouer, du reste, que l' apparition d' une immense comète, telle que celle de 1811, par exemple, frappe d' étonnement tous ceux qui la contemplent. Sans recourir aux figures plus ou moins bizarres attribuées aux comètes apparues dans les siècles où la crédulité était si intense et le sentiment critique si peu développé, l' aspect simplement grandiose d' un visiteur céleste de la taille de celui-là explique et excuse les exagérations des craintes mettant en jeu la colère céleste ou les diables de l' enfer. Jugeons chaque époque dans sa clarté respective. Nous verrons plus loin que cette comète, dont nos pères se souviennent encore, ne mesurait pas moins de 44 millions de lieues de longueur. Pour faire disparaître le prodige, il fallait donc trouver les lois du mouvement des comètes ; c' est ce que fit Newton à l' occasion de la grande comète de 1680. Ayant constaté que, d' après les lois de l' attraction universelle, la marche de la comète devait être une courbe très allongée, il essaya, aidé de Halley, son collaborateur et son ami, de représenter mathématiquement la marche de l' astre nouveau, et il y réussit complètement. Halley s' empara activement de cette branche de l' astronomie et reconnut plus tard que la comète de 1682 était tellement semblable, dans sa marche autour du soleil, à deux comètes précédemment observées en 1531 et en 1607, que c' était sans doute la même comète, qui dès lors devait reparaître vers 1758. Par les travaux théoriques de Newton et par les calculs de Halley, la prédiction de Sénèque était accomplie : les comètes, ou du moins quelques-unes d' entre elles, suivaient des orbites régulières. Leur retour pouvait être prévu ; elles cessaient d' être des apparitions accidentelles ; c' étaient de vrais corps célestes à marche fixe et réglée. Le merveilleux disparaissait, ou, pour mieux dire, il se transformait. Halley avait calculé à grand' peine que l' action des planètes retarderait p619 le prochain retour de la comète, et il l' avait prédit pour la fin de 1758 ou le commencement de 1759. Il fallait, avec les formules mathématiques perfectionnées, calculer exactement l' époque de ce retour. Clairaut entreprit et accomplit en maître la partie algébrique du problème ; mais il restait la tâche immense de calculer numériquement les formules. Deux calculateurs eurent ce courage : l' astronome Lalande et Mme Hortense Lepaute (qui, par parenthèse, a donné son nom à l' hortensia, rapporté des Indes par l' astronome Legentil). Pendant six mois , prenant à peine le temps de manger, les deux calculateurs mirent en nombres les formules algébriques de Clairaut. Celui-ci termina le calcul, trouva que Saturne retarderait son retour de cent jours, et Jupiter de cinq cent dix-huit, en tout six cent dix-huit jours de retard, c' est-à-dire que sa révolution serait d' un an et huit mois plus longue que sa révolution dernière, et qu' enfin son passage au périhélie aurait lieu vers le milieu d' avril 1759, à un mois près. Jamais prédiction scientifique n' excita une curiosité plus vive d' un bout de l' Europe à l' autre. la comète reparut ; elle traversa le chemin annoncé parmi les constellations ! Elle passa à son périhélie le 12 mars 1759, juste un mois avant le jour indiqué. " nous l' avons tous observée, écrivait Lalande, en sorte qu' il est hors de doute que les comètes ne soient véritablement des planètes qui tournent comme les autres autour du soleil. " -la comète de Halley, en se rendant à la prédiction des astronomes, ouvrit une nouvelle ère à l' astronomie cométaire. Cette prédiction était véritablement digne d' admiration. Que l' on se souvienne qu' à cette époque l' orbite de Saturne marquait la limite p620 du système solaire (Voy cette figure), et l' on concevra la hardiesse qu' il y avait alors à lancer une comète à la distance où l' on voit courir cette courbe. L' orbite de cette comète est aujourd' hui complètement déterminée. Elle a accompli une révolution de 1759 à 1835. Son dernier passage au périhélie a eu lieu le 16 novembre de cette année-là, ce qui donne 28006 jours pour la révolution de 1759 à 1835, au lieu de 27937 qui s' étaient écoulés entre 1682 et 1759 : il y a eu une augmentation de 135 jours due à l' action de Jupiter et une diminution de 66 due à Saturne, Uranus et la terre. Le prochain retour doit arriver le 24 mai 1910 ; cette révolution- ci devant être plus courte que les précédentes, ou de 27217 jours seulement, soit 74 ans et 6 mois, d' après les calculs de Pontécoulant. De 1835 à 1873 la comète s' est éloignée du soleil ; cette année-là, elle a atteint les ténèbres glacées de son aphélie, et depuis cette époque elle a commencé son voyage de retour vers les régions brillantes de la terre et du soleil. Nous la reverrons tous avec plaisir en 1910. Ainsi les comètes ont passé du domaine de la légende dans celui de la réalité. p674 étoiles filantes. Bolides. Uranolithes. Orbites des étoiles filantes dans l' espace. -pierres tombées du ciel. Dans la nuit limpide et transparente, une lointaine étoile semble se détacher des cieux, glisse en silence sous la voûte nocturne, file, file et disparaît. Le coeur éprouvé par les douleurs terrestres croit que le ciel se préoccupe de nos destinées et que l' étoile filante marque le départ d' une âme pour l' autre vie ; la jeune fille dont le regard pensif s' est attaché un instant sur le météore se hâte de formuler un voeu dans l' espérance de le voir rapidement exaucé ; le poète songe que les étoiles, fleurs du ciel, s' épanouissent dans les champs célestes, et croit voir leurs pétales lumineux emportés par les vents supérieurs dans la nuit infinie ; l' astronome sait que cet astre éphémère n' est ni une étoile ni une âme, mais une molécule, un atome cosmique, un fragment plus ou moins exigu en lui-même, mais dont l' enseignement peut être grand, s' il nous apprend d' où il vient et comment il rencontre ainsi notre terre sur son passage. L' apparition d' une étoile filante est un fait si fréquent, qu' il n' est aucun de nos lecteurs qui ne l' ait observé plusieurs fois . Peut-être quelques-uns ont-ils eu le privilège beaucoup plus rare de voir non seulement une étoile filante , mais un phénomène plus brillant, d' un effet assez émouvant : le passage d' un bolide enflammé traversant rapidement l' espace en répandant de tous côtés une étincelante lumière, globe de feu laissant une traînée lumineuse derrière lui et parfois éclatant par une explosion analogue à celle d' une fusée colossale, avec un tonnerre retentissant comme les sombres décharges de l' artillerie. Peut-être aussi quelques-uns ont-ils pu, par un hasard plus heureux et plus rare encore, ramasser un fragment de l' explosion d' un bolide, un uranolithe , ou minéral tombé du ciel. Voilà trois faits distincts, et qui paraissent liés néanmoins entre eux par des rapports d' origine. Le premier point à examiner dans l' étude des étoiles filantes, c' est p675 de mesurer la hauteur à laquelle elles se montrent. Deux observateurs, placés en deux points éloignés l' un de l' autre, constatent chacun le trajet d' une étoile filante parmi les constellations. La ligne n' est pas absolument la même pour tous deux à cause de la perspective. En calculant la différence, on obtient la hauteur. En général, cette hauteur est de 120 kilomètres au commencement de l' apparition, et de 80 kilomètres à la fin du passage visible. Toutes les nuits de l' année ne se ressemblent pas quant au nombre des étoiles filantes. Il y a dans ce nombre des périodicités annuelles, mensuelles et diurnes , constatées par de persévérants examinateurs du ciel, au nombre desquels nous devons tout particulièrement citer l' observateur français Coulvier-Gravier. Les époques les plus remarquables sont la nuit du 10 août et le matin du 14 novembre. Ces dates fixes nous interdisent toute théorie qui chercherait à attribuer ce phénomène à une cause météorologique. L' apparition du mois d' août dure plusieurs jours, et elle a son maximum le 10 ; celle de novembre n' a lieu que dans la matinée du 14. Dans cette dernière, les météores ont été quelquefois si nombreux qu' on les a comparés à des pluies de feu. Depuis 1833 , on a étudié les récits des anciens chroniqueurs, et l' américain Newton a reconnu p676 que les pluies de feu qui ont, à certaines époques, jeté l' épouvante parmi les populations, n' étaient autre chose que l' apparition des étoiles filantes de novembre. Cette apparition n' est pas également remarquable chaque année, mais son éclat varie périodiquement ; le maximum revient à peu près tous les trente- trois ans ; elle se renouvelle ensuite pendant plusieurs années, puis elle diminue graduellement, et enfin elle cesse de se faire remarquer pendant une longue période, pour se reproduire plus tard et repasser de nouveau par le maximum au bout de trente- trois ans. De plus, l' essaim d' astéroïdes du mois de novembre ayant une faible épaisseur, la terre ne met que quelques heures à la traverser ; aussi le maximum n' est-il visible que dans quelques régions circonscrites qui varient chaque année. L' apparition du mois d' août est plus constante, mais elle n' est jamais aussi brillante ; elle est aussi sujette à de curieuses fluctuations d' intensité. On a constaté que les trajectoires des différents météores divergent d' un même point du ciel qu' on appelle point d' émanation ou radiant . Ce point se trouve entre les constellations de Persée et de Cassiopée pour les météores du 10 août, et, pour ceux du 14 novembre, il se trouve dans celle du Lion. C' est pourquoi les étoiles filantes du 10 août sont quelquefois appelées les perséides, et celles du 14 novembre les léonides. On a déterminé un grand nombre d' autres points radiants pour les différentes époques de l' année. Notre figure 309 représente celui du 27 novembre, observé en 1872 et 1885, débris de la comète de Biéla. Il ne faut pas croire que toutes les étoiles filantes partent, en réalité, du radiant ; seulement, leurs trajectoires prolongées se rencontrent toutes en ce même point, sauf un petit nombre qu' on désigne sous le nom d' étoiles sporadiques . Cette convergence est un effet de perspective : les trajectoires véritables sont sensiblement parallèles, mais elles paraissent diverger d' après la même loi qui nous montre comme divergents les rayons du soleil couchant passant entre les nuages, une allée d' arbres, etc. Les étoiles filantes doivent être de petits corps solides, car si elles étaient gazeuses, elles n' auraient pas la force de pénétrer si profondément dans notre atmosphère et se disperseraient avant de s' enflammer. On voit parfois une masse se diviser en deux ou trois parties, quelquefois davantage, chacune d' elles conservant une forme nettement définie : elles sont donc composées de substances compactes, capables de voler en éclats pendant leur combustion. On a souvent constaté aussi que là où les météores paraissent, il se forme de petits nuages qui persistent quelque temps après la disparition p677 des météores et qui sont entraînés par les courants atmosphériques. Dans toutes les apparitions, on trouve une période diurne et une période annuelle. Dans la période diurne, le maximum a lieu de 3 heures à 6 heures du matin. La période annuelle consiste en ce que les météores sont plus nombreux dans la seconde partie de l' année que dans la première. Ces deux circonstances remarquables dérivent de ce que la terre rencontre les essaims de matière météorique plus directement le matin que le soir, et pendant le second semestre que pendant le premier. Nous pouvons, en effet, comparer la terre passant à travers un essaim de ces corpuscules à un boulet de canon qui traverserait un essaim de moucherons ; il en rencontrera un bien plus grand nombre dans sa partie antérieure, et laissera un véritable vide derrière lui. Et si le boulet tourne sur lui-même, les points situés en avant, et qui par là se trouvent plus exposés aux chocs , varieront de la même manière. Le nombre horaire des étoiles filantes dépendra donc du point vers lequel la terre se dirige à chaque instant, par rapport à la verticale de l' observateur : il sera maximum lorsque ce point sera aussi voisin que possible du zénith. Si l' on voit des étoiles filantes dans la partie de la terre qui est p678 opposée à celle où a lieu le maximum, c' est que leur vitesse est plus grande que celle du globe terrestre. Dès qu' elles atteignent les hauteurs de notre atmosphère, ces poussières cosmiques, toutes minuscules sans doute, et de la grosseur de têtes d' épingles, de grains de plomb, de balles peut-être, s' enflamment par le frottement. Dans une analyse remarquable comme tout ce qui émane de son esprit si judicieux, M Hirn a montré ( l' astronomie , numéro de juin 1883) qu' un bolide qui pénètre dans les hauteurs de notre atmosphère avec une vitesse relative de 30 km par seconde, comprime l' air en avant de sa marche au point de faire croître la pression de l' air depuis un centième d' atmosphère (supposé à 37 km de hauteur) jusqu' à 56 fois ce qu' elle est à la surface du sol, c' est-à-dire que la pression atmosphérique normale, qui est de 10333 kg par mètre carré, s' élèverait en amont d' un bolide de 1 m de surface à 582000 kg ! Cet accroissement de pression se traduit par un accroissement de chaleur considérable. La température de l' espace étant de (..) au-dessous de zéro, notre bolide, doué de cette température ultra-glaciale avant de toucher à notre atmosphère, arrive en quelques secondes à déterminer une chaleur de (..), chaleur que nos foyers les plus intenses ne pourraient pas produire. Cette élévation de chaleur serait atteinte lors même que le bolide ne ferait que traverser les couches les plus raréfiées des hauteurs aériennes, où la pression n' atteint même pas un millième d' atmosphère. à cent mille mètres de hauteur, une étoile filante devient visible à cause de cette transformation de son mouvement en chaleur et en lumière. Il en résulte comme conséquence qu' aucune étoile filante ne peut arriver jusqu' à terre : elles sont inévitablement évaporées avant de p679 pénétrer jusqu' aux couches inférieures de notre atmosphère. D' abord, elles n' arrivent pas sur nous de face. La terre, croisant un essaim d' étoiles filantes, le coupe toujours plus ou moins obliquement. Ces corpuscules glissent en quelque sorte sur la rondeur extérieure de notre atmosphère, quelque traversable et raréfiée que soit cette limite, et ressortent après avoir suivi plutôt des tangentes que des sécantes. Les projectiles qui arrivent le plus de face pénètrent davantage et nous restent, mais ils sont évaporés, et leur vitesse est devenue nulle avant que la résistance de l' air leur ait permis d' atteindre le sol. On les retrouve à l' état de poussières ferrugineuses microscopiques à la surface du sol. Remarquons maintenant que ces météores jouent un rôle beaucoup plus important qu' on n' était disposé à le croire autrefois. Il ne se passe pas une seule nuit, une seule heure, une seule minute, sans chute d' étoile. Le globe terrestre vogue au sein d' un espace plein de corpuscules divers circulant dans tous les sens, les uns en courants elliptiques d' inclinaisons variées, les autres dans le plan même de l' écliptique, comme on le voit par la lumière zodiacale, qui s' étend depuis le soleil jusqu' au delà de l' orbite terrestre. En énumérant le nombre des étoiles filantes que l' on voit au-dessus d' un horizon donné, pendant les différentes nuits de l' année, en calculant le nombre d' horizons analogues qui embrasseraient la surface entière du globe, en p680 tenant compte des directions des étoiles filantes, des variations mensuelles, etc., un éminent géomètre américain, M Simon Newcomb, a démontré qu' il ne tombe pas moins de cent quarante six milliards ( 146000000000) d' étoiles filantes par an sur la terre ! On a vu plus haut quelle splendide averse d' étoiles filantes est arrivée le 27 novembre 1872, ainsi que le 27 novembre 1885. Celle de la nuit du 12 au 13 novembre 1833 avait été plus merveilleuse encore. Les étoiles étaient si nombreuses, elles se montraient dans tant de régions du ciel à la fois, qu' en essayant de les compter on ne pouvait guère espérer d' arriver qu' à de grossières approximations. L' observateur de Boston (Olmsted) les assimilait, au moment du maximum, à la moitié du nombre de flocons qu' on aperçoit dans l' air pendant une averse ordinaire de neige. Lorsque le phénomène se fut considérablement affaibli, il compta 650 étoiles en 15 minutes, quoiqu' il circonscrivît ses remarques à une zone qui n' était pas le dixième de l' horizon visible, et il évalue à 8660 le nombre total pour tout l' hémisphère visible. Ce dernier chiffre donnerait par heure 34640 étoiles. Or, le phénomène dura plus de sept heures ; donc, le nombre de celles qui se montrèrent à Boston dépasse deux cent quarante mille ! En arrivant dans l' atmosphère terrestre, ces petits corps s' échauffent par le frottement, et leur mouvement ralenti se transforme en chaleur. Si l' étoile filante ne pèse que quelques grammes ou moins encore, elle est entièrement volatilisée et s' évapore dans l' air ; si c' est un bolide plus lourd, il résiste, mais toute sa surface extérieure fond et se couvre d' une couche de vernis. En supposant qu' un bolide de 1 décimètre de rayon, de densité égale à 3, 5, entre dans l' atmosphère avec une vitesse de 50000 mètres par seconde, on trouve qu' il développe subitement une chaleur égale à 4397000 calories et doit perdre 49000 mètres de vitesse en arrivant à 15000 mètres de hauteur, de sorte qu' il n' atteint la surface du sol qu' avec la faible vitesse de p681 5 mètres, ce qui explique le peu de profondeur des brèches que les uranolithes ouvrent en arrivant à terre. Il importe, en effet , de distinguer entre la vitesse sidérale des bolides à leur arrivée, et celle de leur chute après leur explosion. Voyons maintenant comment et pourquoi ces apparitions reviennent périodiquement à des dates fixes, pendant plusieurs années, et subissent les intermittences que nous avons signalées. Autrefois, les astronomes regardaient les étoiles filantes comme circulant autour du soleil dans des orbites elliptiques presque circulaires , avec une vitesse analogue à celle de la terre. Le professeur Schiaparelli, de Milan, frappé de leur vitesse, qui suppose une orbite parabolique, ainsi que nous l' avons fait remarquer, soupçonna, en 1866, qu' elles pouvaient avoir, comme les comètes, une origine étrangère à notre système, et en détermina la théorie suivante. Supposons une masse nébuleuse ou formée de corpuscules quelconques, située à la limite de la sphère d' action de notre soleil, et qui, douée d' un faible mouvement relatif, commence à ressentir l' attraction solaire ; son volume étant très considérable, ses points sont situés à des distances très différentes. De là il résulte que, lorsqu' elle commencera à tomber vers le soleil, les points inégalement distants acquerront p682 avec le temps des vitesses inégales. Malgré ces différences, le calcul prouve que les distances périhélies des différents corpuscules seront très peu modifiées, et les orbites seront tellement semblables, que les molécules se suivront l' une l' autre, formant une espèce de chaîne ou de courant qui emploiera un temps extrêmement long à passer autour du soleil. Une masse dont le diamètre aurait été égal à celui du soleil emploierait plusieurs siècles à exécuter ce mouvement. Ce courant représentera physiquement et visiblement l' orbite des corpuscules météoriques, de même qu' un jet d' eau représente la trajectoire parabolique de chaque molécule comme projectile isolé . Si, dans son mouvement de translation, la terre vient à rencontrer cette espèce de procession de corpuscules, elle passera à travers, et un certain nombre d' entre eux la rencontreront, leur vitesse propre se combinant avec celle du globe terrestre. Si la chaîne est très longue, la terre la traversera ainsi chaque année au même point, rencontrant à chaque passage des corpuscules différents de ceux qui s' y trouvaient l' année précédente. Il est alors facile de calculer la position de ce courant. M Cshiaparelli a fait ces calculs pour les deux courants d' août et de novembre, et par une heureuse circonstance , il a trouvé que deux comètes très connues ont des orbites coïncidant précisément avec ces deux chaînes de météores. La première est la grande comète de 1862, qui passa au périhélie le 23 août de la même année, et dont la révolution est de 121 ans. Son orbite coïncide avec celle des météores du 10 août. La seconde est celle qui parut en 1866, dont la période est de trente-trois ans et qui fait partie des météores de novembre. Ce résultat inattendu apporta une grande lumière sur la nature des étoiles filantes et leur correspondance avec les orbites cométaires. On en conclut aussitôt que les comètes, comme les étoiles filantes, doivent être des amas de météores dérivés de masses nébuleuses étrangères à notre système planétaire. On pouvait opposer à cette identité que l' analyse spectrale des comètes montre qu' elles sont formées, au moins en partie, de matière gazeuse, tandis que les étoiles filantes doivent être solides, mais le spectroscope même a résolu cette difficulté. En effet, outre que ces matières pierreuses peuvent être enveloppées par une atmosphère gazeuse et nébuleuse à laquelle on peut attribuer le spectre cométaire, l' analyse spectrale prouve que leur masse contient une grande quantité de gaz cométaires dans leurs pores, gaz qui se développent par la simple application d' une chaleur même très modérée. Enfin, on a p683 constaté que plusieurs météorites contenaient du charbon, comme celle du cap et celle d' orgueil. Or, cette substance a pu se vaporiser lors du passage de la comète au périhélie et donner le spectre observé. La multiplicité des noyaux dans certaines comètes est encore favorable à cette hypothèse. Outre les deux comètes indiquées ci-dessus, on en a trouvé plusieurs autres dont les orbites coïncident avec des courants de météores ; ainsi l' essaim des étoiles filantes du 20 avril, dont le centre d' émanation se trouve dans la constellation d' Hercule, se rattache à la comète I de 1861. On se souvient aussi que le jour où la terre devait traverser l' orbite de la comète de Biéla, le 27 novembre 1872, eut lieu la fameuse pluie d' étoiles filantes dont nous avons parlé, de sorte qu' il est avéré que, si nous n' avons pas rencontré la tête de la comète en p684 retard, nous avons au moins traversé le courant qui lui fait suite. Il en a été de même en 1885. Mais il ne faut pas se flatter de trouver une comète pour chaque apparition d' étoiles filantes. Les perturbations des grosses planètes sont très considérables sur des corps aussi légers, et, depuis tant de siècles que les courants météoriques sont entrés dans notre système solaire, elles ont dû en modifier l' état primitif. La force répulsive exercée par le soleil sur la chevelure d' une comète et qui en chasse les particules pour commencer la queue surpasse celle de l' attraction solaire, et à une distance relativement faible du noyau de la comète l' attraction de ce noyau ne doit plus être capable de conserver cette substance. Que devient-elle ? Elle doit se disséminer dans l' espace. à chacun de ses passages au périhélie, une comète doit donc perdre une partie de sa substance, et le fait est que toutes les comètes à courte période sont faibles et pour ainsi dire télescopiques. D' après les fantastiques descriptions des anciens chroniqueurs, il est certain que, dans ces apparitions anciennes, la comète de Halley devait être incomparablement plus grande, plus brillante et plus étonnante que dans ses deux derniers retours de 1759 et 1835. Ainsi il est presque certain que les comètes diminuent de grandeur à chacun de leurs voyages près du soleil. Nos lecteurs se rendront compte des orbites des étoiles filantes et de celles des comètes auxquelles elles sont associées, par nos figures 31 1, 312 et 313 qui représentent la forme et la position de ces orbites relativement à celle de la terre. Nous pouvons donc admettre que les comètes et les étoiles filantes (qui en sont la désagrégation) viennent des espaces infinis et ont été incorporées dans notre système-lorsqu' elles décrivent des orbites fermées-par l' influence d' une planète. Ainsi, pour l' essaim des étoiles filantes du 14 novembre, Le Verrier a calculé qu' il a pénétré pour la première fois dans notre système , l' an 126 de notre ère, en un point voisin de celui où se trouvait alors la planète Uranus, et que c' est cette planète qui a transformé la parabole en une orbite elliptique. Si la planète ne s' était pas trouvée là, elles auraient continué leur chemin suivant la ligne ponctuée (Fig 314). L' influence d' Uranus continuant d' agir a déplacé l' orbite, depuis l' an 12 6, de la droite vers la gauche, comme on le voit sur la figure. Cependant, certaines comètes et des étoiles filantes pourraient être aussi des produits volcaniques des planètes, comme nous le verrons tout à l' heure pour les uranolithes. p685 Tel est le cours de ces minuscules étoiles filantes, cours aujourd' hui parfaitement déterminé, comme on le voit. Leçon profonde autant qu' inattendue ! L' étoile filante elle-même ne glisse pas au hasard, emportée par un souffle arbitraire : elle décrit une orbite mathématique aussi bien que la terre ou le colossal Jupiter. Tout est réglé, ordonné par la loi suprême ; et, qui sait ? Peut-être chacune de nos frêles existences, chacune de nos éphémères actions, est-elle aussi déterminée par l' invisible nature, qui jette l' étoile au ciel, l' enfant au berceau, le vieillard à la tombe... cette addition perpétuelle d' étoiles filantes n' est pas sans conséquences pour notre planète : elle doit accroître lentement le volume et la masse de la terre . p686 Arrivons maintenant aux bolides et aux uranolithes. Un corps lumineux de dimensions sensibles traverse rapidement l' espace en répandant de tous côtés une vive lumière ; c' est comme un globe de feu dont la grosseur apparente est souvent comparable à celle de la lune. Ce corps laisse habituellement derrière lui une traînée lumineuse très sensible. Souvent, pendant ou immédiatement après son apparition, il se produit une explosion, et même quelquefois plusieurs explosions successives, que l' on entend à de grandes distances. Souvent aussi l' explosion est accompagnée de la division du globe de feu en fragments lumineux, plus ou moins nombreux, qui semblent projetés dans diverses directions. Ce phénomène constitue ce qu' on nomme un météore proprement dit, ou un bolide . Il se produit aussi bien le jour que la nuit ; seulement, la lumière qu' il occasionne est singulièrement affaiblie dans le premier cas par la présence de la lumière solaire ; et ce n' est que lorsqu' il se développe avec une intensité suffisante que l' on peut s' en apercevoir. D' un autre côté, on trouve quelquefois sur la terre des corps solides, de nature pierreuse ou métallique, qui ne paraissent avoir rien de commun avec les terrains sur lesquels ils reposent. De temps immémorial, le vulgaire a attribué à ces corps une origine extra-terrestre ; p687 on les a considérés comme des pierres tombées du ciel ; il y a plus de deux mille ans, les grecs vénéraient la fameuse pierre tombée du ciel dans le fleuve Aegos ; au moyen âge, les chroniqueurs nous ont conservé de naïfs dessins de ces chutes inexpliquées ; plusieurs naturalistes les désignaient sous les noms de pierres de foudre, pierres de tonnerre , parce qu' on les regardait comme des matières lancées par la foudre. On avait, il est vrai, confondu sous le même nom les pyrites ferrugineuses que l' on trouve en si grand nombre dans les terrains de craie ; mais cette vieille confusion n' empêchait pas l' existence réelle de fragments pierreux ou ferrugineux authentiquement tombés du ciel. Remarque assez curieuse, les anciennes traditions, les histoires de l' antiquité et du moyen âge, les croyances populaires avaient beau parler de pierres tombées du ciel , de pierres de l' air, " aérolithes " , les savants n' en voulaient rien croire. Ou bien ils niaient le fait lui-même, ou ils l' interprétaient tout autrement, regardant les corps tombés sur la terre comme lancés par des éruptions volcaniques, enlevés au sol par des trombes ou encore produits par certaines condensations de matières au sein de l' atmosphère. En 1790 l' illustre Lavoisier, et en 1800 l' académie des sciences tout entière, déclaraient ces faits absolument apocryphes. Dès 1794, Chladni prouva l' origine extra- terrestre de ces mystérieux apports. Cette incrédulité presque générale des savants céda, lorsque Biot lut à l' académie des sciences son rapport sur la chute mémorable qui eut lieu à Laigle, dans le département de l' Orne, le 26 avril 1803. à la suite d' une enquête minutieuse faite sur les lieux, on put, en effet, constater la parfaite exactitude des circonstances rapportées par la rumeur publique sur cette chute si remarquable. De nombreux témoins étaient là pour affirmer que, quelques minutes après l' apparition d' un grand bolide, se mouvant du sud -est au nord-est et qu' on avait aperçu d' Alençon, de Caen et de Falaise, une explosion effroyable, p688 suivie de détonations pareilles au bruit du canon et à un feu de mousqueterie, était partie d' un nuage noir isolé dans le ciel très pur. Un grand nombre de pierres météoriques avaient ensuite été précipitées à la surface du sol, où on les avait ramassées encore fumantes, sur une étendue de terrain qui ne mesurait pas moins de trois lieues de longueur. La plus grosse de ces pierres pesait moins de dix kilogrammes. Depuis, de nombreuses chutes ont été non moins authentiquement constatées. Il ne se passe pas une seule année sans qu' on en reçoive plusieurs et sans qu' on ramasse un ou plusieurs morceaux, quelquefois brisés sur des rochers, quelquefois enfoncés sous le sol à plusieurs pieds de profondeur. Le 23 juillet 1872, par une belle journée d' été, il en est tombé un auprès de Blois, à Lancé, après une explosion telle qu' elle a été entendue de 80 kilomètres à la ronde. Il pesait 47 kilos, était tombé à 15 mètres d' un berger, naturellement stupéfait, et s' était enfoncé de 1 m, 60 dans un champ. Le 31 avril suivant, il en est tombé un près de Rome, avec un tel bruit, que les paysans crurent " que la voûte du ciel s' écroulait " ; sa vitesse était de 59500 mètres par seconde à son arrivée dans l' atmosphère terrestre, et l' explosion l' a brisé en fragments : ce bolide est arrivé à 5 h 15 m du matin, d' une hauteur verticale de 184 kilomètres au- dessus de Rome, et, ce qu' il y a de plus curieux, c' est que, une heure et demie auparavant, on avait vu sur la mer, dans la direction d' où le bolide est arrivé, une masse lumineuse, intense et immobile. Le 14 mai 1864, le bolide tombé à Orgueil (Tarn-Et-Garonne) a été vu à une hauteur de 65 kilomètres et aperçu de Gisors (Eure), à 500 kilomètres de distance. Le 3 1 janvier 1879, il en est tombé un à Dun-Le-Poëlier (Indre) auprès d' un cultivateur qui se crut mort. Le 6 avril 1885 à Chandpur, Indoustan, une chute, accompagnée d' un coup de tonnerre et d' un éclair, effraya les indiens, qui voyant tomber du ciel un objet enflammé, se précipitèrent, le trouvèrent enfoncé dans le sol et tout brûlant. Le 7 juillet suivant, un petit uranolithe tomba dans la prison de Valle, en Espagne et fut ramassé par les prisonniers. Le 22 novembre 1886, il tomba en Russie, à Nowo-Urei, gouvernement de Penza, des uranolithes contenant des diamants ! ( Voy l' astronomie, 1 888, P 311). Nous pourrions facilement multiplier ces exemples.