Sommaire

   

 

 

 

 

 

 

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Il y eut jusqu' à des lettres de Ponce-Pilate et de Marie-Magdeleine ! Quant à la découverte d' Uranus dans le voisinage de Saturne en 1639, les deux cartes rétrospectives que j' avais construites montrèrent avec évidence que c' était là un conte insoutenable, puisqu' en cette année-là Saturne était dans le Capricorne et Uranus dans la Vierge, à plus de 90 degrés de distance l' un de l' autre. à cette révolution complète de Saturne, j' ai ajouté les dates précédentes depuis l' an 1600, et les suivantes jusqu' en l' année 1900. En p425 menant une ligne du centre de la figure à une année quelconque, et en prolongeant cette ligne jusqu' au cercle extérieur, on trouve à quelle heure d' ascension droite et dans quelle constellation s' est trouvée, se trouve ou se trouvera la planète . En vertu de la précession des équinoxes, le ciel a marché, et les constellations du zodiaque sont en avance sur les signes fictifs que les almanachs font toujours commencer par le Bélier à l' équinoxe. La figure 195 montre de même le plan de la révolution de Jupiter vue de la terre, avec les onze boucles par lesquelles on peut représenter ses stations et rétrogradations. Par surcroît, les révolutions ont été indiquées depuis l' année 1750 et jusqu' en l' année 1900. Les figures 196 à 198 représentent également un cycle complet des mouvements de Mars, Vénus et Mercure par rapport à la terre. Dans ces diagrammes, l' orbite apparente du soleil est marquée par une ligne ponctuée. On voit à quelles époques ces planètes sont le plus rapprochées. Ainsi, Mars s' est très rapproché de la terre en 1877 ; son cycle p426 est de 15 ans, et il suffit d' ajouter 15 ans aux dates inscrites pour avoir le cycle suivant. Par ces figures spéciales, le lecteur peut se rendre compte lui-même des complications qui s' accumulaient dans la théorie de l' immobilité de la terre. Les penseurs finirent par exprimer des doutes contre ce système astronomique, quelque classique qu' il fût devenu. Un roi astronome, qui laissa la couronne pour l' astrolabe et oublia la terre pour le ciel, Alphonse X De Castille, osa dire en pleine assemblée d' évêques (et au treizième siècle), que si Dieu l' avait appelé à son conseil lorsqu' il créa le monde, il lui aurait donné de bons avis pour le construire d' une manière moins compliquée ! Mais ce ne furent que les esprits supérieurs et indépendants qui entrevirent dans la complication croissante du système de Ptolémée un témoignage contre sa réalité. Les philosophes péripatéticiens émettaient dans cette discussion l' argument singulier reproduit plus tard par le jésuite Riccioli dans son essai de réfutation des dialogues de Galilée. Objecterons-nous au système de Ptolémée que des milliers d' étoiles tourneraient autour de nous avec une régularité bien difficile p427 à comprendre chez des corps indépendants les uns des autres ? Que leurs mouvements diurnes devraient être rigoureusement proportionnés à la distance ? Que la grosseur du soleil par rapport à notre globe est une preuve presque irrécusable du mouvement de ce dernier corps ? Etc. Riccioli nous répondra : " qu' il y a des intelligences dans les étoiles ; que plus il est difficile d' expliquer le mouvement du ciel, plus la grandeur de Dieu se manifeste ; que la noblesse de l' homme est supérieure à celle du soleil ; qu' il importe peu à l' homme pour lequel tout a été fait, que des milliers d' étoiles tournent autour de lui, etc... " des arguments de cette valeur ne demandent pas, à leur tour, une longue réfutation aujourd' hui. Cependant, ils tenaient en suspens des esprits laborieux, et l' habitude d' admirer ce système sans discussion le faisait conserver dans les écoles, malgré toutes les complications anti-naturelles dont il était échafaudé. Cette manière de perdre son temps métaphysiquement sous prétexte de faire de la science dura dans les écoles depuis l' antiquité jusqu' à Copernic, et retarda trop longtemps l' avènement des sciences exactes. Il nous faut arriver jusqu' aux quinzième et seizième siècles pour assister à l' établissement de la méthode expérimentale, pour trouver des savants indépendants, dégagés de préjugés et cherchant librement la vérité. Par une heureuse coïncidence, les plus grands événements de la marche historique de l' humanité se sont rencontrés en cette même époque . Le réveil de la liberté religieuse, le développement d' un sentiment plus noble de l' art, et la connaissance du véritable système du monde, ont signalé concurremment avec les grandes entreprises maritimes, le siècle de Colomb, de Vasco De Gama et de Magellan. L' année 1543, qui vit paraître l' ouvrage de Copernic, De Revolutionibus Orbium Celestium, qui disséquait les cieux, vit paraître aussi celui de Vésale : De Corporis Humani Fabrica, qui créait l' anatomie humaine. Le globe terrestre se dévoilait sous toutes ses faces aux regards de la science aventureuse, et l' esprit humain, en vérifiant désormais directement, et par expérience, la sphéricité du globe et son isolement dans l' espace, acquérait l' élément le plus essentiel pour se préparer à concevoir son mouvement. Le système des apparences, l' opinion de l' immobilité du globe terrestre et du mouvement des cieux régnait donc, comme nous venons de le voir, il y a seulement trois siècles, de 1500 à 1600, du temps de François Ier, des Médicis et de Henri Iv, ce qui n' est pas très éloigné p428 de notre époque actuelle ; on l' enseignait encore sous Louis Xiv et Louis Xv, en plein dix-huitième siècle ; c' est elle aussi, cette idée simple et vague, qui règne encore dans l' esprit ignorant des populations de l' Europe actuelle, car aujourd' hui même, sur cent personnes prises dans toutes les classes, il n' y en a que quelques-unes qui aient compris que la terre tourne et qui en soient sûres, et il n' y en a peut-être pas deux qui se rendent exactement compte de la vitesse de son mouvement de translation et des effets de son mouvement diurne. En réfléchissant aux conditions mécaniques du système p429 des apparences que nous venons d' esquisser, Copernic arriva à penser que ce système si compliqué et si grossier ne devait pas être naturel. Après trente années d' étude, il fut convaincu qu' en attribuant à la terre un double mouvement, l' un de rotation sur elle-même en vingt-quatre heures, l' autre de translation autour du soleil en trois cent soixante-cinq jours un quart, on explique la plus grande partie des mouvements célestes pour lesquels on avait dû fabriquer ces innombrables cercles de cristal. L' ingénieux astronome s' éleva à la connaissance du plan général de la nature, révéla son opinion aux savants ses contemporains, et la publia avant de quitter cette terre. Depuis 1543, époque de la mort de Copernic et de la publication de son grand ouvrage, les astronomes ont confirmé, prouvé définitivement et établi pour toujours cette opinion, d' abord hardie et aujourd' hui si simple, du mouvement de la terre. Le système de Copernic est représenté sur notre figure 199 d' après l' ouvrage du grand astronome lui-même. On voit qu' il est la base essentielle du système du monde tel que nous le connaissons aujourd' hui, que le soleil est au centre et que les planètes tournent autour de lui, mais qu' il présente néanmoins certaines différences que la science des successeurs de Copernic devait faire disparaître : 1 les proportions des distances n' étaient pas connues : c' est le génie de Képler qui les trouva au dix- septième siècle ; 2 les planètes Uranus et Neptune manquaient , leur découverte ne datant que du Xviiie et du Xixe ; 3 la lunette ni le télescope n' étaient inventés, et l' on ignorait l' existence des satellites, la forme de Saturne, la grandeur relative des planètes, etc. ; 4 les planètes Mercure et Vénus tournaient en 80 jours et 9 mois au lieu de 88 et 225 jours ; 5 la terre était douée d' un troisième mouvement destiné à conserver le parallélisme de son axe de rotation, dont la translation annuelle semblait devoir l' écarter ; 6 les étoiles ne paraissent pas tellement éloignées que le soleil ne pût les éclairer, et elles réfléchissaient sa lumière : l' astre éclatant trônait au centre de la création entière. p430 On voit sur la première page du livre de Copernic une petite figure assez curieuse : une balance pèse le ciel et la terre, et c' est le ciel qui l' emporte ; la terre est pour toujours chassée d' un trône usurpé. Ce n' est point Copernic qui, le premier, songea à l' interprétation des mouvements célestes par la théorie du mouvement de la terre. L' immortel astronome a pris soin de signaler, au contraire, avec une rare sincérité, les passages des écrivains anciens chez lesquels il a puisé la première idée de la vraisemblance de ce mouvement : notamment Cicéron, qui attribua cette opinion à Nicétas de Syracuse ; Plutarque, qui mit en avant les noms de Philolaüs, Héralide de Pont et Ecphantus le pythagoricien ; Martianus Capella, qui adoptait avec les égyptiens, le mouvement de Mercure et de Vénus autour du soleil, etc. Cent ans même avant la publication du travail de Copernic, en 1444, le cardinal Nicolas De Cusa, dans sa grande encyclopédie théologique et scientifique, avait également remis en honneur l' idée du mouvement de la terre et de la pluralité des mondes. Depuis l' antiquité jusqu' au siècle de Copernic, le système de l' immobilité de la terre avait été mis en doute par de clairvoyants esprits, et celui du mouvement de la terre proposé sous différentes formes. Mais toutes ces tentatives devaient laisser à Copernic la gloire de l' établir définitivement. Non content d' admettre simplement l' idée du mouvement de la terre comme une simple hypothèse arbitraire, ce que plusieurs astronomes avaient fait avant lui, il voulut, et c' est là sa gloire, se la démontrer à lui-même, en acquit la conviction par l' étude, et écrivit son livre pour la prouver. Le véritable prophète d' une croyance, l' apôtre d' une doctrine, l' auteur d' une théorie, est l' homme qui par ses travaux démontre cette théorie, fait partager cette croyance, répand cette doctrine. On n' en est pas le créateur. Rien n' est nouveau sous le soleil, dit un ancien proverbe. On peut plutôt dire : rien de ce qui réussit n' est entièrement nouveau. Le nouveau-né est informe, incapable. Les plus grandes choses naissent à l' état de germe, pour ainsi dire, et croissent inaperçues. Les idées se fécondent les unes par les autres ; les sciences s' entr' aident, le progrès marche. Bien des hommes sentent une vérité, sympathisent avec une opinion, touchent une découverte sans le savoir. Le jour arrive où un esprit synthétique sent en quelque sorte s' incarner dans son cerveau une idée presque mûre ; il se passionne pour elle, il la caresse, il la contemple ; elle grandit à mesure qu' il la regarde ; il voit se grouper autour d' elle une multitude d' éléments qui viennent la soutenir. En p431 lui, cette idée devient une doctrine. Alors, comme les apôtres de la bonne nouvelle, il devient évangéliste, annonce la vérité, la démontre par ses oeuvres, et tous reconnaissent en lui l' auteur de cette nouvelle contemplation de la nature, quoique tous sachent parfaitement qu' il n' a pas inventé l' idée, et que bien d' autres avant lui ont pu en pressentir la grandeur. Non seulement celui qui par ses travaux a fait sienne une doctrine scientifique, philosophique ou religieuse ne peut songer un seul instant à sa personne, à sa gloire, en déclarant sa paternité et en énonçant ses travaux spéciaux (la précaution serait absolument inutile) ; mais encore il est naturel qu' il cherche au contraire à mettre en évidence tous ceux qui ont été ses précurseurs, à déterrer jusqu' aux arguments ensevelis depuis des siècles sous l' indifférence publique. Par de tels procédés, l' auteur s' honore lui-même et consolide son oeuvre. Telle est la situation de Copernic dans l' histoire de l' astronomie. On avait émis l' hypothèse du mouvement de la terre longtemps avant qu' il ne songeât à naître sur cette planète. Cette théorie comptait des partisans à son époque. Mais lui, il en a fait son oeuvre. Il l' a examinée avec la patience d' un astronome, la rigueur d' un mathématicien, la sincérité d' un sage, l' esprit d' un philosophe. Il l' a démontrée par ses oeuvres. Puis il mourut sans la voir comprise, et ce n' est que plus d' un siècle après sa mort que l' astronomie l' adopta et qu' elle se vulgarisa par l' enseignement. Cependant Copernic est vraiment l' auteur du véritable système du monde, et son nom restera respecté jusqu' à la fin des siècles. Ce grand homme n' était ni potentat, ni prince, ni personnage officiel, ni affublé de titres plus ou moins sonores et plus ou moins creux : c' était un modeste médecin, ami de l' humanité et ami de la science, consacrant sa vie entière à l' étude de la nature, noblement indifférent pour la fortune comme pour la gloire. Il était fils d' un boulanger polonais, et arriva par son seul travail à être le plus grand homme de son siècle. Le médecin se fit prêtre, médecin de l' âme, et la position de chanoine lui assura la vie calme et tranquille qu' il préférait. Son oncle était évêque, et s' étonnait parfois qu' il " perdît son temps " à faire de l' astronomie. Il y eut un instant de retard dans l' adoption de la théorie du soleil central et du mouvement de la terre, retard dû à l' astronome Tycho-Brahé, p432 qui imagina, en 1582, un système mixte susceptible de concilier l' observation avec la bible, au nom de laquelle les écoles enseignantes refusaient d' accepter la théorie du mouvement de la terre. Ce n' est pas que Tycho-Brahé n' appréciât le mérite de la théorie de Copernic : " j' avoue, écrit-il lui-même, que les révolutions des cinq planètes s' expliquent aisément par le simple mouvement de la terre ; que les anciens mathématiciens ont adopté bien des absurdités et des contradictions, dont Copernic nous a délivrés, et que même il satisfait un peu plus exactement aux apparences célestes. " mais il ajoute bientôt que ce système ne pourra jamais être concilié avec le témoignage de l' écriture sainte, et il croit contenter tout le monde en faisant tourner autour de la terre le soleil accompagné des planètes. Voici comment l' astronome danois motive lui-même sa théorie : je pense qu' il faut décidément, et sans aucun doute, placer la terre immobile au centre du monde, suivant le sentiment des anciens et le témoignage de l' écriture. Je n' admets point, avec Ptolémée, que la terre soit le centre des orbes du second mobile ; mais je pense que les mouvements célestes sont disposés de manière que la lune et le soleil seulement avec la huitième sphère, la plus éloignée de toutes, et qui renferme toutes les autres, aient le centre de leur mouvement vers la terre. Les cinq autres planètes tourneront autour du soleil comme autour de leur chef et de leur roi, et le soleil sera sans cesse au milieu de leurs orbes, qui l' accompagneront dans son mouvement annuel... ainsi le soleil sera la règle et le terme de toutes ces révolutions, et, comme Apollon au milieu des muses, il réglera seul toute l' harmonie céleste. Le système de Tycho-Brahé laissait subsister la plus terrible objection que l' on eût faite à celui de Ptolémée, puisqu' en immobilisant la terre au centre du monde, il supposait toujours que le soleil, toutes les planètes et le ciel entier des étoiles fixes parcoureraient autour de nous en vingt-quatre heures l' immensité de leurs orbites. Il ne jouit jamais d' une véritable autorité. Cependant on le trouve encore, en 1651, sur le curieux frontispice de l' Almagestum Novum de Riccioli, reproduit ici. Uranie tient une balance (réminiscence de Copernic), et le système de Tycho l' emporte sur celui de Copernic. Un homme couvert d' yeux sur tout son corps symbolise sans doute l' astronome par excellence. Ptolémée est à terre avec son système. On voit dans le ciel que la lunette astronomique avait déjà révélé les montagnes lunaires, les bandes de Jupiter, l' anneau de Saturne, ainsi que les phases de Mercure et de Vénus. à la fin du dix-septième siècle, Bossuet déclarait encore impérieusement que c' est le soleil qui marche, et Fénelon mettait les deux opinions sur le même rang. Le tribunal de l' inquisition, et la congrégation de l' index, p434 présidée par le pape, avaient d' ailleurs déclaré hérétique, en 1616, et 1633, la doctrine de Copernic, et condamné " tous les livres qui affirment le mouvement de la terre " . Pendant tout le dix-septième siècle et une partie du dix-huitième, la Sorbonne a enseigné le mouvement de la terre comme une hypothèse commode mais fausse ! à la même époque, sous Louis Xiv, on représentait encore la terre assise au centre du monde, comme on le voit sur la figure suivante, fac-similé d' une gravure d' un atlas astronomique, sur laquelle on voit Vénus, Mercure, Mars, Jupiter et Saturne entourer la terre, avec leurs attributs mythologiques. Mais les travaux consécutifs de Tycho lui-même, de Galilée, Képler, Newton, Bradley, Dalembert, Lagrange, Laplace, Herschel, Le Verrier et d' autres grands esprits, ont donné à l' astronomie moderne une base absolue et inébranlable, affermie par chaque découverte nouvelle, sur laquelle l' édifice intellectuel de la science s' élève, grandit et monte toujours dans l' infini. Les illusions, les erreurs, les ombres de la nuit s' éloignent ; le fanal de la vérité illumine le monde. Ceux-là seuls qui ferment volontairement les yeux peuvent continuer de vivre dans l' illusion de la tortue, qui prend sa carapace pour la limite de l' univers. Les anciens avaient remarqué que les planètes visibles à l' oeil nu ne s' écartent jamais beaucoup de l' écliptique, de la route apparente annuelle du soleil, et que leur écartement de ce grand cercle de la sphère céleste ne dépasse jamais 8 degrés, soit au nord soit au sud. En imaginant donc dans le ciel deux lignes idéales tracées ainsi de part et d' autre de l' écliptique, on dessine une zone de 16 degrés de largeur faisant le tour du ciel, et dont les planètes ne sortent jamais. Cette zone, c' est le zodiaque , qui tire son nom du mot grec (...), animal, parce que les constellations qui le composent sont pour la plupart des figures d' animaux. Les anciens ont partagé ce grand cercle en douze parties ou signes, dont chacun marquait la demeure du soleil pendant chaque mois de l' année (revoir la figure 30, P 57). Les grandes planètes, Uranus et Neptune, découvertes par les astronomes modernes, ont aussi leurs mouvements renfermés dans les limites du zodiaque ; mais plusieurs des petites planètes qui flottent entre Mars et Jupiter en sortent par une assez forte inclinaison, et les comètes s' en écartent même parfois jusqu' à atteindre les pôles. Le soleil, la lune et les planètes sont désignés depuis longtemps sous les signes suivants : (..). p436 Le signe du soleil représente un disque ; il était déjà en usage il y a des milliers d' années chez les égyptiens. Celui de la lune représente le croissant lunaire ; on le trouve en usage chez tous les peuples dès la plus haute antiquité. Le signe de Mercure a eu pour origine un caducée, celui de Vénus un miroir, ou peut-être la marque de la fécondité (réunion du cercle avec le trait croisé : les signes égyptiens sont en faveur de cette origine.) celui de Mars une lance, celui de Jupiter la première lettre de Zeus, celui de Saturne une faux. On les trouve employés par les gnostiques et les alchimistes depuis le Xe siècle. Au Xviie siècle on a commencé à considérer la terre comme planète, et on lui a donné le signe (..), globe surmonté d' une croix. Au Xviiie siècle, la découverte d' Uranus a ajouté une nouvelle planète au système : on l' a désignée par le signe , qui rappelle l' initiale d' Herschel. La découverte de Neptune, en 1846, a ajouté un nouveau signe (..) : c' est le trident du dieu des mers. Mais il est temps de laisser l' histoire des aspects apparents pour pénétrer directement dans la description de chacun des mondes du système. p605 Les comètes dans l' histoire de l' humanité. Les comètes sont assurément, de tous les astres, ceux dont l' apparition frappe le plus vivement l' attention des mortels. Leur rareté, leur singularité, leur aspect mystérieux, étonnent l' esprit le plus indifférent. Les choses que nous voyons tous les jours, les phénomènes qui p606 se reproduisent constamment ou régulièrement sous nos yeux, ne nous frappent plus, n' éveillent ni notre attention, ni notre curiosité : " ce n' est pas sans raison que les philosophes s' étonnent de voir tomber une pierre, écrivait D' Alembert, et le peuple qui rit de leur étonnement le partage bientôt lui-même pour peu qu' il réfléchisse. " oui, il faut être philosophe, il faut réfléchir, pour arriver à chercher le pourquoi et le comment des faits qu' on voit quotidiennement ou au moins dont la production est fréquente et régulière. Les plus admirables phénomènes restent inaperçus ; l' habitude, émoussant chez nous l' impression, ne nous laisse que l' indifférence. Remarque assez curieuse, toujours l' imprévu, l' extraordinaire, feront naître la crainte, jamais la joie ni l' espérance. Aussi, dans tous les pays, à toutes les époques, l' aspect étrange d' une comète, la lueur blafarde de sa chevelure, son apparition subite dans le firmament, ont-ils produit sur l' esprit des peuples l' effet d' une puissance redoutable, menaçante pour l' ordre anciennement établi dans la création ; et comme le phénomène est limité à une courte durée, il en est résulté la croyance que son action doit être immédiate ou du moins prochaine ; or, les événements de ce monde offrent toujours dans leur enchaînement un fait que l' on peut regarder comme l' accomplissement d' un présage funeste. à quelques exceptions près, les astronomes anciens ont regardé les comètes, soit comme des météores atmosphériques, soit comme des phénomènes célestes tout à fait passagers. Pour les uns, ces astres étaient des exhalaisons terrestres s' enflammant dans la région du feu ; pour les autres, c' étaient les âmes des grands hommes qui remontaient vers le ciel et qui livraient notre pauvre planète, en la quittant, aux fléaux dont elle est si souvent atteinte. Les romains paraissent avoir cru très sérieusement que la grande comète qui apparut à la mort de César , l' an 43 avant J-C, était vraiment l' âme du dictateur. Au Xviie siècle, Hévélius et Képler lui-même inclinaient à voir encore en elles des émanations venant de la terre et des autres planètes. On conçoit qu' avec de pareilles idées la détermination des mouvements cométaires dut être assez négligée. C' est grâce aux efforts de Tycho-Brahé d' abord, puis de Newton, de Halley, des astronomes p607 plus modernes surtout, qu' elle s' est élevée au rang de la théorie des mouvements planétaires. Sans contredit, au premier aspect, la majestueuse uniformité des mouvements célestes paraît dérangée par l' apparition subite de la comète échevelée dont l' aspect extraordinaire semble montrer en elle la figure d' un visiteur surnaturel. Aussi les écrivains anciens les dépeignent- ils toujours sous les images les plus effrayantes ; c' étaient des javelots, des sabres, des épées, des crinières, des têtes coupées aux cheveux et à la barbe hérissés ; elles brillaient d' un éclat rouge de sang, jaune ou livide, comme celle dont parle l' historien Josèphe, qui se montra pendant l' épouvantable siège de Jérusalem. Pline trouva à cette même comète " une blancheur tellement éclatante qu' on pouvait à peine la regarder ; on y voyait l' image de Dieu sous une forme humaine. " l' historien Suètone rejette sur l' influence de l' un de ces astres les horreurs commises par Néron, qui s' était attaché l' astrologue Babilus, et assure qu' une comète annonça la mort de Claude. On lit aussi dans Dion Cassius : " plusieurs prodiges précédèrent la mort de Vespasien : une comète parut longtemps ; le tombeau d' Auguste s' ouvrit de lui-même. Comme les médecins reprenaient l' empereur de ce que, attaqué d' une maladie sérieuse, il continuait de vivre à son ordinaire et de vapeur aux affaires de l' état : " il faut, répondit-il, qu' un empereur meure debout. " voyant quelques courtisans s' entretenir tout bas de la comète : " cette étoile chevelue ne me regarde pas, dit-il en riant : elle menace plutôt le roi des parthes, puisqu' il est chevelu et que je suis chauve. " -cette réponse vaut celle d' Annibal au roi de Bithynie qui refusait de livrer bataille à cause des présages lus dans les entrailles des victimes : " ainsi tu préfères l' avis d' un foie de mouton à celui d' un vieux général ? " -chaque époque a ses préjugés, et nous en avons à notre époque d' aussi ridicules. p608 Les mêmes croyances se manifestèrent chez les grecs : une comète, apparue en 371 avant Jésus-Christ et décrite par Aristote, annonça, selon Diodore de Sicile, la décadence des lacédémoniens, et, selon Ephore, la destruction par les eaux de la mer des villes d' Hélice et Bura, en Achaïe. Plutarque rapporte que la comète de l' an 344 avant Jésus-Christ fut pour Timoléon de Corinthe le présage du succès de l' expédition qu' il dirigea la même année contre la Sicile. Les historiens Sazoncène et Socrate racontent à leur tour qu' en l' an 400 de notre ère une comète en forme d' épée vint briller au-dessus de Constantinople et parut toucher la ville au moment des grands malheurs dont la menaçait la perfidie de Gaïnas. Le moyen âge surenchérit encore, si c' est possible, sur les idées folles de l' antiquité, et fit de certaines comètes des descriptions dont le fantastique dépasse tout ce que l' on peut imaginer. Paracelse assure que ce sont les anges qui les envoient pour nous avertir. Le fou sanguinaire qui s' appelait Alphonse Vi, roi de Portugal, apprenant l' arrivée de la comète de 1664, se précipita sur sa terrasse, l' accabla de sottises et la menaça de son pistolet. La comète poursuivit majestueusement son cours. Nous verrons plus loin que l' une des comètes périodiques les plus fameuses dans l' histoire est celle qui porte aujourd' hui le nom de Halley, en mémoire de l' astronome qui a calculé et prédit le premier p609 ses retours. Cette comète s' est en effet déjà montrée vingt- quatre fois à la terre, depuis l' an 12 avant notre ère, date de l' apparition la plus reculée dont on ait gardé le souvenir. Sa première apparition mémorable dans l' histoire de France est celle de l' an 837, sous le règne de Louis Ier Le Débonnaire. Un chroniqueur anonyme du temps surnommé l' astronome, en parla dans les termes suivants : " au milieu des saints jours de pâques, un phénomène toujours funeste et d' un triste présage parut au ciel. Dès que l' empereur, très attentif à de tels phénomènes, l' eût aperçu, il ne se donna plus aucun repos. Un changement de règne et la mort d' un prince sont annoncés par ce signe, me dit-il. " il prit conseil des évêques et on lui répondit qu' il devait prier, bâtir des églises et fonder des monastères. Ce qu' il fit. Mais il mourut trois ans plus tard. La comète de Halley apparut de nouveau en avril 106 6, au moment où Guillaume Le Conquérant envahissait l' Angleterre. Les chroniqueurs écrivent unanimement : " les normands, guidés par une comète, envahissent l' Angleterre. " la duchesse-reine Mathilde, épouse de Guillaume, a représenté fort naïvement cette comète et l' ébahissement de ses sujets sur la tapisserie de soixante-dix mètres de longueur que chacun peut voir à Bayeux. La reine Victoria porte dans sa couronne un fleuron tiré de la queue de cette comète qui a eu la plus grande influence sur la victoire d' Hastings. Mais la plus célèbre de ses apparitions est celle de 1456, trois ans après la prise de Constantinople par les turcs. L' Europe était encore en proie à l' émotion produite par cette terrible nouvelle ; on racontait que l' église de Sainte-Sophie avait été convertie en mosquée ; que tout le peuple chrétien avait été égorgé ou réduit en captivité ; on tremblait pour le salut de la chrétienté. La comète parut en juin 1456 ; elle était grande et terrible, disent les historiens du temps ; sa queue recouvrait deux signes célestes, c' est-à-dire 60 degrés ; elle avait une brillante couleur d' or, et présentait l' aspect d' une flamme ondoyante. On y vit un signe certain de la colère divine : les musulmans y voient une croix, les chrétiens un yatagan. Dans un si grand danger, le pape Calixte Iii ordonna que les cloches de toutes les églises fussent sonnées chaque jour à midi, et il invita les fidèles à dire une prière pour conjurer la comète et les turcs. Cet usage s' est conservé chez tous les peuples catholiques, bien que nous n' ayons plus guère peur des comètes et encore moins des turcs ; c' est de là que date l' angelus . Cette comète, du reste, ne fait pas exception à la règle générale, car ces astres mystérieux ont eu le don d' exercer sur l' imagination p610 une puissance qui la plongeait dans l' extase ou dans l' effroi. épées de feu, croix sanglantes, poignards enflammés, lances, dragons, gueules, et autres dénominations du même genre leur sont prodiguées au moyen âge et à la renaissance. Des comètes comme celle de 1577 paraissent du reste justifier, par leur forme étrange, les titres dont on les salue généralement. Les écrivains les plus sérieux ne s' affranchirent pas de cette terreur. C' est ainsi que, dans un chapitre sur les monstres célestes , le célèbre chirurgien Ambroise Paré décrit sous les couleurs les plus vives et les plus affreuses la comète de 1528 : " cette comète étoit si horrible et si épouvantable et elle engendroit si grande terreur au vulgaire, qu' il en mourut aucuns de peur ; les autres tombèrent malades. Elle apparoissoit estre de longueur excessive, et si estoit de couleur de sang ; à la sommité d' icelle, on voyoit la figure d' un bras courbé , tenant une grande épée à la main, comme s' il eust voulu frapper . Au bout de la pointe il y avoit trois estoiles. Aux deux costés des rayons de cette comète, il se voyoit grand nombre de haches, cousteaux, espées colorées de sang parmi lesquels il y avoit grand nombre de fasces humaines hideuses, avec les barbes et les cheveux hérissez. " on peut, du reste, admirer cette fameuse comète dans la reproduction fidèle que nous en donnons ici. De la même époque date ce naïf dessin d' armées vues au ciel en 1520. On voit que l' imagination a de bons yeux quand elle s' y met. Plusieurs personnages connus crurent si bien à la fin du monde, en 1528 et en 1577, qu' ils léguèrent leurs biens aux monastères, sans réfléchir pourtant suffisamment, ... car la catastrophe serait sans doute arrivée pour tout le monde. Les moines se montrèrent meilleurs physiciens, et acceptèrent les biens de la terre en attendant les volontés du ciel. p611 Cependant, les idées astrologiques commençaient à être vivement attaquées. " oui, disait Gassendi, au commencement du règne de Louis Xiv, oui, les comètes sont réellement effrayantes, mais par notre sottise. Nous nous forgeons gratuitement des objets de terreur panique, et, non contents de nos maux réels, nous en accumulons d' imaginaires. " " plût à Dieu, disait érasme un siècle plus tôt, que les guerres n' eussent d' autre cause que la bile des souverains, échauffée par quelque comète. Un habile médecin, avec quelque dose de rhubarbe, ramènerait bientôt les douceurs de la paix ! " en 1661, Mme De Sévigné écrivait à sa fille : ... etc. Vingt ans plus tard, cependant, les grands de la cour de Louis Xiv n' étaient pas tous aussi sages que Mazarin. On lit dans les chroniques de l' oeil-de-boeuf , à la date de 1680 : ... etc. p612 Le savant Bernouilli lui-même ne s' affranchit pas du préjugé et il le perpétue en disant que si le corps de la comète n' est pas un signe visible de la colère de Dieu, la queue pourrait bien en être un . C' est à cette comète que Whiston attribuait le déluge, en se fondant sur des calculs mathématiques aussi abstraits que peu fondés dans leur point de départ. Contemporain de Newton, à la fois théologien et astronome, cet anglais publia en 1696 une théorie de la terre où il se proposait d' expliquer par l' action d' une comète les révolutions géologiques et les événements du récit de la Genèse. Sa théorie était d' abord entièrement hypothétique, ne s' appliquant à aucune comète particulière, mais quand Halley eut assigné à la fameuse comète de 1680 une orbite elliptique parcourue en 575 ans, et que Whiston, remontant dans l' histoire, eut trouvé pour dates de ses apparitions anciennes l' une des époques fixées par les chronologistes pour celle du déluge, le théologien astronome n' hésita plus ; il précisa sa théorie et donna à cette comète, non seulement le rôle d' exterminatrice du genre humain par l' eau, mais encore celui d' incendiaire pour l' avenir. " lorsque l' homme eut péché, dit-il, une petite comète passa très près de la terre, et, coupant obliquement le plan de son orbite, lui imprima un mouvement de rotation. Dieu avait prévu que l' homme pécherait, et que ses crimes, parvenus à leur comble, demanderaient une punition terrible ; en conséquence, il avait préparé dès l' instant de la création une comète qui devait être l' instrument de ses vengeances. Cette comète est celle de 1680 . " comment se fit la catastrophe ? Le voici : soit le vendredi 28 novembre de l' an de péché 2349, soit le 2 décembre 2926, la comète coupa le plan de l' orbite de la terre en un point dont notre globe n' était éloigné que de 3614 lieues. La conjonction arriva lorsqu' on comptait midi sous le méridien de Pékin, où Noé, paraît-il, demeurait avant le déluge. Maintenant, quel fut l' effet de cette rencontre ? Une marée prodigieuse s' exerça non seulement sur les eaux des mers, mais aussi sur celles qui se trouvaient au-dessous de la croûte solide. Les chaînes des montagnes d' Arménie, p613 les monts Gordiens, qui se trouvaient les plus voisins de la comète au moment de la conjonction, furent ébranlés et s' entr' ouvrirent. Et ainsi " furent rompues les sources du grand abyme " . Là ne s' arrêta pas le désastre. L' atmosphère et la queue de la comète atteignant la terre et sa propre atmosphère, y précipitèrent des torrents, qui tombèrent pendant quarante jours ; et ainsi " furent ouvertes toutes les p614 cataractes du ciel " . La profondeur des eaux du déluge fut, selon Whiston, de près de dix mille mètres. Quant à la conservation de tous les animaux du monde dans l' arche de Noé, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici le dessin aussi curieux que naïf tiré de l' apocalypse de Saint-Sever ( manuscrit du Xiie siècle). -on croyait encore à l' arche de Noé , au déluge universel et au paradis terrestre, il y a fort peu d' années. Maintenant, comment cette comète, qui a noyé une première fois le genre humain, pourra-t-elle nous incendier à une seconde rencontre ? Whiston n' est point embarrassé : elle arrivera derrière nous, retardera le mouvement de notre globe et changera son orbite. " la terre sera emportée près du soleil ; elle y éprouvera une chaleur d' une extrême intensité ; elle entrera en combustion. Enfin, après que les saints auront régné pendant mille ans sur la terre régénérée par le feu, et rendue de nouveau habitable par la volonté divine, une dernière comète viendra heurter la terre, l' orbite terrestre s' allongera excessivement, et la terre, redevenue comète, cessera d' être habitable. " on ne peut plus dire après cela que les comètes ne servent à rien ! L' ignorance des questions astronomiques était encore si générale au siècle dernier, qu' il n' y avait pas de sottise grossière qu' on ne répétât une fois qu' elle avait été dite et surtout une fois qu' elle avait été imprimée. Ne prétendit-on pas en 1736 que le soleil avait rétrogradé ? N' ajouta-t-on pas en 1768, que la planète Saturne était perdue avec son anneau et ses satellites ? Tout le monde le crut, les écrits périodiques les plus recommandables propagèrent cette singulière nouvelle, et des hommes sensés, que leurs lumières semblaient mettre en garde contre un pareil bruit, s' en firent les échos dociles. Quelques années après, il se produisit à Paris une épouvante dont on n' avait peut-être jamais eu d' exemple ; ce fut au point que le gouvernement dut s' en mêler pour y mettre un terme, et cependant alors l' infatigable Messier découvrait comètes sur comètes et faisait perdre à ses astres chevelus l' importance attachée à leur antique rareté. Lalande, un de nos plus illustres astronomes, venait de publier un p615 mémoire intitulé : réflexions sur les comètes . Ainsi qu' il le raconte lui-même, il n' avait fait que parler de celles qui, dans certains cas, pourraient approcher de la terre, mais on s' imagina qu' il avait prédit une comète extraordinaire, et que cette comète allait amener la fin du monde. Des premiers rangs de la société l' épouvante descendit jusqu' à la multitude, et il fut généralement convenu que la fatale comète était en route et que notre globe allait cesser d' exister. L' alarme générale avait pris de si grandes proportions que, par ordre du roi, Lalande se vit invité à expliquer sa pensée dans un mémoire destiné au public. Il n' en fallut pas moins pour rassurer les esprits timorés et faire reprendre au monde ses projets d' avenir un instant abandonnés. Nous pourrions facilement retrouver des exemples analogues en notre siècle. La peur des comètes est une maladie périodique qui ne manque jamais de revenir dans toutes les circonstances où l' apparition d' un de ces astres est annoncée avec quelque retentissement.