Sommaire

   

 

 

 

 

 

 

         Référencement gratuit























































































































































































































Si cependant on veut, à toute force, qu' elle ait des habitants, nous y consentirons volontiers, pourvu qu' on les assimile à des êtres fantastiques, flottant au gré de toutes les forces qui se combattent sur cette planète aériforme. Il ne peut donc exister là que des animaux assez grossiers. Tels sont, à notre avis, les seuls habitants que puisse posséder la terre. " les savants de la lune ont, comme on le voit, le talent de prouver de la façon la plus catégorique, aux ignorants qui les entourent, que la terre, n' étant pas habitable, ne saurait être habitée, et qu' elle est faite uniquement pour servir d' horloge à la lune et pour l' éclairer pendant la nuit . Les diverses parties de la surface terrestre sont loin de jouir d' un éclat uniforme aux yeux de l' observateur lunaire. Aux deux pôles de l' astre, il remarque deux vastes taches blanches qui varient périodiquement de grandeur. à mesure que l' une s' agrandit, l' autre diminue ; on croirait que l' une conquiert toujours une portion de terrain égale à celle qui est perdue par l' autre, de telle sorte que l' une s' avance d' autant p200 plus que l' autre recule, et réciproquement ; celle du pôle austral offre toujours une étendue beaucoup plus considérable que celle du pôle boréal. On fait dans la lune mille suppositions sur ces taches blanches, mais on n' en devine pas la cause. La terre est toujours en très grande partie enveloppée de nuages. Cependant, des observations attentives ont dû permettre de constater comme il suit son mouvement de rotation. Considérons notre planète à l' heure où l' Amérique commence à disparaître sur le bord oriental du disque terrestre : on voit alors, de la lune, se dessiner sur la partie obscure le relief des hauts sommets des cordillères, figurés par une longue ligne d' ombres et de lumières dont quelques points ont une éclatante blancheur. Puis se déroule pendant quelques heures, sur le bord opposé, une énorme tache obscure qui descend en s' élargissant vers la partie méridionale du disque jusqu' à ce qu' elle en occupe presque tout l' hémisphère ; c' est le grand océan, parsemé d' une multitude de petites îles. On aperçoit au nord, non loin des glaces boréales, une tache grisâtre qui a commencé par faire, dans la direction du sud, une pointe (la presqu' île du Kamtschatka) sur le fond obscur du vaste océan ; elle se déroule ensuite vers l' occident en descendant presque jusqu' à l' équateur ; ses côtes découpées offrent l' aspect le plus varié. C' est l' Asie, la partie de l' ancien monde la plus reculée vers l' extrême orient. Sa teinte est loin d' être uniforme ; elle présente au nord la tache sibérienne, les neiges, les glaces et les frimas. Tout le centre de la tache continentale est occupé par une large bande d' une blancheur éclatante, qui paraît encadrée, au nord et au sud, par de très hautes montagnes (les chaînes de l' Altaï et de l' Himalaya). Cette zone commence au grand désert de Gobi, occupe presque tout le plateau central de la Haute-Asie, et se prolonge à travers l' Afghanistan et la Perse jusqu' aux plaines sablonneuses de l' Arabie. Le désert de Nubie et le Sahara, qui traversent l' Afrique, n' en sont même que la continuation. Ainsi, cette grande zone déserte coupe tout l' ancien monde en deux parties presque égales, par une bande de sable faisant miroiter la lumière solaire au loin dans les espaces célestes : c' est la voie lactée de la terre. Au-dessous de la région des sables est une notable portion de la terre d' Asie, enserrée, pour ainsi dire, entre les montagnes et l' océan , et qui reflète sur la lune une lumière vert clair ; elle comprend les magnifiques contrées de la Chine et de l' Inde situées au sud des montagnes de la Mongolie et du Thibet. p202 Au-dessus du désert saharien, on distingue une petite tache, déchirée dans tous les sens et fort ramifiée ; elle est d' une teinte obscure, comme la grande tache du disque qui entoure tous les continents : c' est la Méditerranée, qui sert de limite méridionale à une région de couleur indécise, tenant du gris et du vert. Cette région, découpée en presqu' îles et en îles, et qui paraît aux habitants de la lune si peu digne d' attention, c' est notre Europe, dont la civilisation, enviée de tous les peuples, est assez puissante pour dicter des lois au reste du monde. Quant à la France, il faut de bons yeux pour la distinguer. Des télescopes de la puissance des nôtres reconnaîtraient toutefois la forme de nos rivages, les Pyrénées, les Alpes, la Manche, le Rhin, l' embouchure de la Gironde, celle de la Seine et même l' existence de Paris et celle de nos principales villes. L' Europe marque l' extrême limite occidentale de l' ancien continent. Que le globe planétaire tourne encore de quelques degrés sur son axe et toute terre aura disparu ; l' oeil des sélénites n' apercevra plus que la tache obscure de l' océan Atlantique, et la première terre qui apparaîtra sera l' Amérique, par laquelle nous avons commencé. Les savants du monde lunaire, pour connaître ainsi toute notre géographie, n' ont eu qu' à regarder tourner la terre. C' est ce que nous avons déjà pu faire nous-mêmes pour la planète Mars. Les astronomes lunaires ont même sur nos géographes un grand avantage : c' est de pouvoir étudier avec facilité tous les points de notre globe et de plonger leurs regards au milieu des mystères de nos contrées les plus inaccessibles, telles que les régions polaires, qui sont peut-être à jamais fermées devant nos pas, et celles de l' Afrique centrale, qui commencent seulement à se révéler. D' indifférents spectateurs contemplent peut-être le soir, au clair de terre, avec le regard d' une nonchalante rêverie, ces régions inhospitalières, sans se douter des fatigues et des dangers auxquels courent volontairement les terriens pour acquérir les mêmes connaissances. Peut-être en voyant chaque méridien terrestre pénétrer dans l' ombre à la fin du jour, songent-ils aussi que ces instants marquent successivement l' heure du repos et du sommeil pour tous les indigènes de notre monde. Ainsi notre globe est pour la lune une horloge céleste permanente. Le mouvement de rotation de la terre sur elle-même remplace l' aiguille qui fait le tour du cadran ; chaque tache fixe, située à une longitude différente, est le chiffre qui marque l' heure. Les partisans des causes finales ont beaucoup plus de droits pour p203 déclarer que la terre est faite en vue de la lune que pour soutenir l' opinion contraire. La lune remplit très mal sa fonction à notre égard, et, aidée par les nuages, nous laisse les trois quarts du temps dans l' obscurité. La terre, au contraire, brille toutes les nuits dans le ciel lunaire toujours pur, et la pleine-terre arrive constamment à minuit. Osez donc prouver à un lunarien que nous ne sommes pas créés et mis au monde exprès pour lui ! La longueur du jour et de la nuit, l' absence de saisons et d' années, la mesure du temps par périodes de vingt-neuf jours, partagées en un jour et une nuit de quatorze jours et demi chacun , et la présence permanente de l' astre terre dans le ciel, constituent pour les habitants de la lune les différences essentielles qui distinguent leur monde du nôtre au point de vue cosmographique. Les constellations, les étoiles, les planètes s' y présentent telles que nous les observons d' ici, mais avec une lumière plus vive, une plus grande richesse de tons, et en nombre beaucoup plus considérable, à cause de la pureté constante du ciel lunaire. L' hémisphère invisible, qui ne reçoit jamais de clair de terre, serait surtout un observatoire exceptionnel pour les études astronomiques. Tel est ce monde lunaire, si proche de nous, et pourtant si différent. La connaissance que nous en avons n' atteint pas encore notre ambition scientifique. Quand donc la science comptera-t-elle des amis assez dévoués pour oser essayer une conquête plus complète, pour sacrifier à des essais optiques, dont les résultats seraient assurément prodigieux et inattendus, des sommes analogues à celles que l' on jette en pure perte dans les fonderies de canons et ailleurs ? ... des découvertes merveilleuses attendent les héros de l' astronomie future. Peut- être les dernières familles de l' humanité lunaire sont-elles là, munies d' instruments assez puissants pour découvrir nos cités, nos villages, nos cultures, nos oeuvres industrielles, nos chemins de fer, nos réunions, et nous-mêmes ! Peut-être ont-elles assisté à nos dernières batailles et ont-elles suivi avec perplexité du haut du ciel les mouvements stratégiques de notre imperturbable folie ! Peut-être les astronomes de cette province voisine nous ont-ils fait des signes et ont-ils essayé mille moyens de frapper notre attention et d' entrer en communication avec nous ! Il n' est pas douteux qu' il y ait eu là des êtres vivants avant même qu' il en existât sur notre planète : les forces de la nature ne restent nulle part infécondes, et les temps qui ont marqué les grandes révolutions géologiques lunaires dont nous voyons p204 clairement les résultats ont dû être, comme sur la terre, les temps des enfantements organiques. Ces êtres existent-ils encore ? Si nous le voulions, nous pourrions savoir définitivement à quoi nous en tenir... oui, si nous le voulions ! Et quelle merveille éblouissante, quel bonheur inespéré, quelle fantastique extase, le jour où nous distinguerions avec certitude les témoignages de la vie sur ce continent voisin, où nous tracerions ici à la lumière électrique des figures géométriques qu' ils verraient et qu' ils reproduiraient ! Première et sublime communication du ciel avec la terre ! Cherchez dans toute l' histoire de notre humanité un événement aussi prodigieux ? Que dis-je ? Cherchez des faits qui aillent seulement à la cheville de celui-là comme intérêt scientifique et comme conséquences philosophiques, et vous ne trouverez que des pygmées rampant au pied d' un géant ! On n' ose pas essayer, parce qu' on n' est pas sûr. Ce sont des hommes sérieux qui parlent ! Et cette Europe civilisée, qui n' ose pas dépenser un million pour essayer d' atteindre la vie céleste, dépense d' un coeur léger six milliards par an pour la paix armée ! Pour la guerre imminente, pour la destruction la plus sûre de ses enfants ! Mais coucher cent mille morts sur le terrain, c' est intéressant... ô folie folissime ! Quoi qu' il en soit, la conclusion générale de l' étude que nous venons de faire du monde lunaire est que notre conception de la nature doit savoir embrasser le temps aussi bien que l' espace . Dans l' espace nous voyageons à travers les millions et les millions de lieues ; dans le temps, nous devons voyager à travers les siècles et les millions de siècles. Notre point et notre moment sont relatifs à nous, mais n' ont rien d' absolu dans la nature : pour elle, il n' y a d' absolu que l' infini et l' éternité. La vie universelle est le but de la création et le résultat définitif de l' existence de la matière et de la force. Mais qu' un monde soit habité aujourd' hui, qu' il l' ait été hier ou qu' il le soit demain, c' est identique dans l' éternité. La lune est le monde d' hier ; la terre est le monde d' aujourd' hui ; Jupiter est le monde de demain : la notion du temps s' impose ainsi à nos esprits comme celle de l' espace. Mais la loi de la pluralité des mondes règne toujours. Eh ! Que nous fait l' heure à laquelle l' humanité arrive sur tel ou tel monde ? Le cadran des cieux est éternel, et l' aiguille inexorable qui lentement marque les destinées tournera toujours. C' est nous qui disons hier ou demain ; pour la nature, c' est toujours aujourd' hui . Avant l' époque où le premier regard humain terrestre s' éleva vers le soleil et admira la nature, l' univers existait comme il existe aujourd' hui. p205 Il y avait déjà d' autres planètes habitées, d' autres soleils brillant dans l' espace, d' autres systèmes gravitant sous l' impulsion des forces primordiales de la nature ; et, de fait, il y a des étoiles qui sont si éloignées de nous, que leur lumière ne nous arrive qu' après des millions d' années : le rayon lumineux que nous en recevons aujourd' hui est parti de leur sein non seulement avant l' existence de l' homme ici-bas, mais encore avant l' existence de notre planète elle-même. Notre personnalité humaine, dont nous faisons tant de cas, et à l' image de laquelle nous avions formé Dieu et l' univers entier, est sans importance aucune dans l' ensemble de la création. Lorsque la dernière paupière humaine se fermera ici-bas, et que notre globe, -après avoir été pendant si longtemps le séjour de la vie avec ses passions, ses travaux, ses plaisirs et ses douleurs, ses amours et ses haines, ses prétentions religieuses et politiques et toutes ses inutilités finales, -tombera enseveli dans les langes d' une nuit profonde que le soleil éteint ne réveillera pas ; eh bien ! Alors comme aujourd' hui, l' univers sera aussi complet, les étoiles continueront de briller dans les cieux, d' autres soleils seront allumés sur d' autres terres, d' autres printemps ramèneront le sourire des fleurs et les illusions de la jeunesse, d' autres matins et d' autres soirs se succéderont, et le monde marchera comme au temps présent : car la création se développe dans l' infini et dans l' éternité . p216 Les influences de la lune. Si l' adage Vox Populi Vox Dei était encore vrai, on pourrait assurer que la lune exerce sur la terre et sur ses habitants les influences les plus extraordinaires. Dans l' opinion populaire, elle aurait une action sur les changements de temps, sur l' état de l' atmosphère , sur les plantes, les animaux, les hommes, les femmes, les oeufs , les graines, sur tout au monde. La lune est entrée dans toutes les formes du langage, depuis la " lune de miel " jusqu' à la " lune rousse " . Qu' y a-t-il de vrai dans ces traditions ? Tout n' est certainement pas exact, mais tout n' est peut-être pas faux non plus. " je suis charmé de vous voir réunis autour de moi , disait un jour Louis Xviii aux membres composant une députation du bureau des longitudes qui était allée lui présenter la connaissance des temps et l' annuaire , car vous allez m' expliquer ce que c' est que la lune rousse et son mode d' action sur les récoltes. " Laplace, à qui s' adressaient plus particulièrement ces paroles, resta comme atterré ; lui qui avait tant écrit sur la lune, n' avait en effet jamais songé à la lune rousse. Il consultait tous ses voisins du regard, mais, ne voyant personne disposé à prendre parole, il se détermina à répondre lui -même. " sire, la lune rousse n' occupe aucune place dans les théories astronomiques ; nous ne sommes donc pas en mesure de satisfaire la curiosité de votre majesté. " le soir, pendant son jeu, le roi s' égaya beaucoup de l' embarras dans lequel il avait mis les membres de son bureau des longitudes. Laplace l' apprit et vint demander à Arago s' il pouvait l' éclairer sur cette fameuse lune rousse qui avait été le sujet d' un si désagréable contretemps. Arago alla aux informations auprès des jardiniers du jardin des plantes et voici le résultat de son enquête. Les jardiniers donnent le nom de " lune rousse " à la lune qui, commençant en avril, devient pleine, soit à la fin de ce mois, soit plus ordinairement dans le courant de mai. Dans l' opinion populaire, la lumière de la lune, en avril et mai, exerce une fâcheuse action sur les jeunes pousses des plantes. On assure avoir observé que la nuit, quand p217 le ciel est pur, les feuilles, les bourgeons exposés à cette lumière, roussissent, c' est-à-dire se gèlent, quoique le thermomètre, dans l' atmosphère, se maintienne à plusieurs degrés au-dessus de zéro. Ils p218 ajoutent encore que, si un ciel couvert arrête les rayons de l' astre, les empêche d' arriver jusqu' aux plantes, les mêmes effets n' ont plus lieu, en des circonstances de température d' ailleurs parfaitement pareilles. Ces phénomènes semblent indiquer que la lumière de notre satellite serait douée d' une certaine vertu frigorifique ; cependant, en dirigeant les plus larges lentilles, les plus grands réflecteurs, vers la lune, et plaçant ensuite à leur foyer des thermomètres très délicats, on n' a jamais rien aperçu qui puisse justifier une aussi singulière conclusion. Aussi, d' une part, les savants ont relégué la lune rousse parmi les préjugés populaires, tandis que, d' autre part, les agriculteurs sont convaincus de l' exactitude de leurs observations. Voici l' explication. Le physicien Wells a constaté le premier que les objets peuvent acquérir la nuit une température différente de celle de l' atmosphère dont ils sont entourés. Ce fait important est aujourd' hui démontré. Si l' on place en plein air de petites masses de coton, d' édredon, etc., on trouve souvent que leur température est de 6, de 7 et même de 8 degrés centigrades au-dessous de la température de l' atmosphère ambiante. Les végétaux sont dans le même cas. Il ne faut donc pas juger du froid qu' une plante a éprouvé la nuit par les seules indications d' un thermomètre suspendu dans l' atmosphère. Mettez un thermomètre à plat : sa température descendra au-dessous de celle de l' air, si le ciel est bien pur. La plante peut être fortement gelée, quoique l' air se soit constamment maintenu à plusieurs degrés au-dessus de zéro. Ces différences de température ne se produisent que par un temps parfaitement clair. Si le ciel est couvert, la différence disparaît tout à fait ou devient insensible. Eh bien, dans les nuits d' avril et de mai, la température de l' atmosphère n' est souvent que de quelques degrés au-dessus de zéro. Alors les plantes exposées à la lumière de la lune, c' est-à-dire à un ciel serein, peuvent se geler malgré le thermomètre. Si la lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température des plantes ne descendant pas au-dessous de celle de l' atmosphère, il n' y aura pas de gelée, à moins que le thermomètre n' ait marqué zéro. Il est donc vrai, comme les jardiniers le prétendent, qu' avec des circonstances thermométriques toutes pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l' être pas, suivant que la lune sera visible ou cachée derrière les nuages ; s' ils se trompent, c' est seulement dans les conclusions : c' est en attribuant l' effet à la lumière de l' astre. La lumière lunaire n' est ici que l' indice d' une atmosphère sereine ; c' est par suite de la pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s' opère ; la lune p219 n' y contribue aucunement ; qu' elle soit couchée ou sur l' horizon, le phénomène a également lieu. C' est ainsi que se produit la rosée . Par l' effet du rayonnement nocturne, les corps exposés en plein air se refroidissent, et ce refroidissement condense sur eux la vapeur d' eau répandue dans l' atmosphère. La rosée ne descend pas du ciel ni ne s' élève pas de la terre. Un léger abri, une feuille de papier, un nuage suffit pour s' opposer au rayonnement et empêcher la rosée comme la gelée. On attribue aussi à la lune le pouvoir de ravager les vieux édifices. Le clair de lune semble préférer les ruines et les solitudes, et l' esprit lui associe les dévastations causées par la pluie et par le soleil. Examinez les tours notre-dame, de Paris, et comparez avec soin le côté du sud au côté du nord, vous constaterez que le premier est incomparablement plus usé, plus vermoulu que le second. Les gardiens vous diront que " c' est la lune " . Or, comme cet astre suit dans le ciel le même chemin que le soleil, il serait assurément fort difficile de faire la part de chacun ; mais si l' on réfléchit que la pluie et le vent arrivent précisément de ce même côté du sud, on ne pourra pas douter un seul instant que ce soient là les agents destructeurs, joints à la chaleur solaire, et que la lune en soit fort innocente. Autre point maintenant. la lune mange les nuages ; tel est le dicton fort répandu parmi les habitants de la campagne, et surtout parmi les gens de mer. Les nuages, pense- t-on, tendent à se dissiper, quand les rayons de la lune les frappent. Est-il permis de regarder cette opinion comme un préjugé indigne d' examen, lorsqu' on voit un savant tel que Sir John Herschel se porter garant de son exactitude ? On a dit que la lumière lunaire n' est pas absolument dans le même état à la surface de la terre où se sont faites généralement les expériences des lentilles et des miroirs réfléchissants, et dans les hauteurs aériennes où planent les nuages. Quand la lune est pleine, elle a éprouvé depuis plusieurs jours, sans interruption, l' action calorifique du soleil. Sa température est très élevée. La vapeur d' eau qui constitue les nuées peut être dans cet état d' équilibre instable où la plus légère influence peut transformer les globules visibles en globules invisibles. Il n' y a pas moins d' eau pour cela dans l' atmosphère, je l' ai maintes fois constaté en ballon ; mais les nuages disparaissent, parce que la vapeur passe de l' état visible à l' état invisible. Il n' est donc pas impossible que les observations des marins et de plusieurs savants ne soient pas dues à de simples coïncidences, mais soient p220 basées sur un fait réel. Mais on peut facilement observer en plein soleil que les nuages légers diminuent et disparaissent en quelques minutes, par suite de leur changement d' altitude. Dans ce cas la lune n' y serait pour rien, et servirait seulement à faire voir le fait. Ajoutons que la lumière lunaire émet des rayons chimiques . Depuis la découverte de la photographie, on sait que la lune agit sur les plaques sensibilisées, et se peint elle-même avec la plus grande fidélité. Quant à l' influence de la lune sur le temps , l' action lumineuse ou calorifique de notre satellite est si faible, qu' elle n' explique nullement les préjugés populaires. à l' époque de la nouvelle lune, le globe lunaire ne nous envoie ni rayons de lumière ni rayons calorifiques ; à la pleine lune, au contraire, correspond le maximum des effets de ce genre ; entre ces deux périodes, c' est par gradations insensibles que l' action augmente ou diminue : on ne voit donc pas quelle pourrait être la cause des changements brusques supposés. Nous avons vu plus haut que les marées atmosphériques sont insensibles. D' ailleurs, avant de chercher les raisons de ces changements, il faudrait que l' observation les eût constatés, ce qui n' a été encore clairement établi par personne. Arago a trouvé qu' à Paris le maximum des jours pluvieux arrive entre le premier quartier et la pleine lune et le minimum entre le dernier quartier et la nouvelle lune. Schübler a trouvé le même résultat pour Stuttgard. Mais A De Gasparin a trouvé le contraire pour Orange, et Poitevin encore autre chose pour Montpellier. Il est donc probable que ces résultats dépendent uniquement de la variation du temps, quelle qu' elle soit, et ne prouvent rien pour la lune. Dans l' état actuel de nos connaissances, on ne peut encore rien baser sur les phases de la lune. Ce qui fait qu' un grand nombre de cultivateurs et de marins donnent la première place aux quatre phases de la lune pour la réglementation du temps, c' est qu' ils n' y regardent p221 pas à un ou deux jours près, avant ou après, remarquent un fait en coïncidence, et n' en remarquent pas dix qui n' y sont pas. La prévision du temps à longue échéance ne saurait donc inspirer aucune confiance, en tant que basée sur les mouvements de la lune . Cette prévision du temps ne peut, du reste, être basée davantage sur d' autres documents. Actuellement, il est absolument stérile d' aventurer des conjectures sur le beau ou le mauvais temps, une année, un mois, une semaine même à l' avance. L' esprit humain, l' esprit populaire surtout, est ainsi fait, qu' il a besoin de croire, lors même que l' objet de sa croyance n' est démontré ni réel ni rationnel, et il semble que les savants devraient toujours être en état de répondre à toutes les questions. On connaît l' histoire de cette dame qui, au milieu d' un élégant salon, demandait à un académicien : qu' y a-t-il donc derrière la lune ? -madame, je ne sais pas. -mais à quoi est due la persistance des pluies cette année ? -madame, je l' ignore. - et pensez-vous que les habitants de Jupiter soient faits comme nous ? -madame, je n' en sais rien. -comment, monsieur, vous plaisantez ! à quoi cela sert-il donc d' être si savant ? -madame , à répondre quelquefois qu' on ignore. Il n' y a assurément aucune fausse honte à avouer son ignorance sur les questions auxquelles personne ne peut dire : je le sais . à quoi tient le grand succès des almanachs Mathieu Laensberg et autres ? évidemment aux prédictions banales qui y sont insérées. Lorsqu' on spécule sur la crédulité humaine, on est toujours sûr de réussir ; les prédictions ont beau être démenties, le public n' en continue pas moins à consulter le fameux almanach. D' ailleurs , en fait de proverbes, de prédictions et de superstitions, la mémoire reste frappée d' un cas sur cent dans lequel prédictions ou proverbes se réalisent, et on laisse passer inaperçus les quatre-vingt-dix-neuf autres cas. La situation des personnages sur lesquels portent les prédictions joue aussi un rôle important . Ainsi, dans l' almanach pour 1774, Mathieu Laensberg avait annoncé que, d' après la position de Vénus, une dame des plus favorisées jouerait son dernier rôle dans le mois d' avril. Précisément p222 ce mois-là Louis Xv fut atteint de la petite vérole, et la Dubarry fut expulsée de Versailles. Il n' en fallut pas davantage pour donner à l' almanach de Liège un redoublement de faveur. L' académie de Berlin avait anciennement pour principal revenu le produit de la vente de son almanach. Honteux de voir figurer dans cette publication des prédictions de tout genre, faites au hasard, ou qui, du moins, n' étaient fondées sur aucun principe acceptable, un savant distingué proposa de les supprimer et de les remplacer par des notions claires, précises et certaines, sur des objets qui lui semblaient devoir intéresser le plus le public ; on essaya cette réforme, mais le débit de l' almanach fut tellement diminué, et, conséquemment les rentes de l' académie tellement affaiblies, qu' on se crut obligé de revenir aux premiers errements, et de redonner des prédictions auxquelles les auteurs ne croyaient pas eux-mêmes. Au surplus, le recueil astronomique de France, qui donne tous les ans, depuis plus de deux siècles, les positions du soleil, de la lune, des planètes et des principales étoiles dans le ciel, n' a-t-il pas eu, comme tous les almanachs, une origine plutôt météorologique qu' astronomique, et n' induit-il pas en erreur le public incompétent qui le juge sur son étiquette, puisqu' il s' appelle la connaissance des temps ? Or, ce recueil de calculs ne s' occupe aucunement des temps, dans le sens général attaché à ce mot. Mais ce titre-là en impose. C' est une jolie histoire, l' histoire de ce prédicateur qui parlait contre la loterie : " parce qu' on aura rêvé, disait-il, trois numéros (et il les nommait), on prive sa famille du nécessaire et les pauvres de leur part pour mettre à la loterie. " au sortir du sermon, une bonne femme s' approche de lui : " mon père, dit-elle, j' ai entendu les deux premiers numéros ; quel est donc le troisième ? " ... le public attache encore à la lune des influences sur le système nerveux, sur les arbres, la coupe des bois, la semaille de certains légumes, la ponte des oeufs, etc. De toutes les questions que j' ai faites aux partisans de cette influence, résulte qu' aucun ne m' a jamais affirmé avoir fait lui-même une seule expérience concluante . Sans que nous puissions nier d' une manière absolue la réalité de quelques-unes des influences qui ne sont pas démontrées, l' observation et la discussion ne nous autorisent pas à partager les croyances populaires. On accuse quelquefois les savants de ne pas vouloir se rendre à l' évidence ; mais ici l' évidence est loin d' être réelle. Sans rien nier, la science ne peut admettre que ce qui est constaté . p269 Le soleil, gouverneur du monde. Grandeur et proportion du système solaire. -les nombres et l' harmonie. Source éblouissante de la lumière, de la chaleur, du mouvement, de la vie et de la beauté, le divin soleil a, dans tous les siècles, reçu les hommages empressés et reconnaissants des mortels. L' ignorant l' admire parce qu' il sent les effets de sa puissance et de sa valeur ; le savant l' apprécie parce qu' il a appris à connaître son importance unique dans le système du monde ; l' artiste le salue, parce qu' il voit p270 dans sa splendeur la cause virtuelle de toutes les harmonies. Cet astre géant est véritablement le coeur de l' organisme planétaire ; chacune de ses palpitations célestes envoie au loin, jusqu' à notre petite terre, qui vogue à 37 millions de lieues, jusqu' au lointain Neptune, qui roule à 1100 millions de lieues, jusqu' aux pâles comètes abandonnées plus loin encore dans l' hiver éternel..., et jusqu' aux étoiles, à des millions de milliards de lieues..., chacune des palpitations de ce coeur enflammé lance et répand sans mesure l' incommensurable force vitale qui va distribuer la vie et le bonheur sur tous les mondes . Cette force émane sans cesse de l' énergie solaire et se précipite dans l' espace avec une rapidité inouïe ; huit minutes suffisent à la lumière pour traverser l' abîme qui nous sépare de l' astre central ; la pensée elle-même ne voit pas distinctement ce bond de 75000 lieues franchi à chaque seconde par le mouvement lumineux. Et quelle énergie que celle de ce foyer ! Déjà nous avons apprécié la valeur du globe solaire : 108 fois et demie plus large que la terre en diamètre, 1279000 fois plus immense en volume, 324000 fois plus lourd comme masse. Comment nous figurer de pareilles grandeurs ? En représentant la terre par un globe de un mètre de diamètre, le soleil serait représenté par un globe de 108 mètres et demi. On se fera une idée d' un pareil globe, si l' on songe que la plus vaste coupole que l' architecture humaine ait jamais construite, le dôme de Florence, lancé dans les airs par le génie du Brunelleschi, ne mesure que 46 mètres de diamètre ; le dôme de Saint-Pierre De Rome et celui du panthéon d' Agrippa mesurent moins de 43 mètres ; le dôme des invalides, à Paris, mesure 24 mètres, et, celui du panthéon, 20 mètres et demi seulement. Ainsi, si l' on représentait le soleil par une boule de la grosseur du dôme du panthéon, de Paris, la terre serait réduite à sa dimension comparative par un boulet de 19 centimètres de diamètre. On ne saurait, du reste, trop insister sur l' importance du soleil et trop se fixer dans l' esprit sa supériorité sur notre globe. C' est pourquoi nous reproduisons ici la figure si éloquente de cette grandeur comparée. Examinez en même temps le curieux aspect granulé de la surface solaire, sur lequel notre attention va être bientôt particulièrement appelée. En plaçant le soleil sur le plateau d' une balance assez gigantesque pour le recevoir, il faudrait placer sur l' autre plateau 324000 terres pareilles à la nôtre pour lui faire équilibre. Cette masse énorme tient dans ses rayons tout son système. Si la comparaison n' était pas blessante pour le dieu soleil, on pourrait dire p271 qu' il est là comme l' araignée au centre de sa toile. Sur le réseau de son attraction les mondes se soutiennent. Il plane au centre et tient tout dans sa puissance. Relativement à sa grandeur et à sa force, les mondes sont des jouets tournant autour de lui. Représentons-nous tout de suite le rapport qui existe entre l' importance du soleil et la situation des petits globes qui l' environnent. Formons pour cela quelques tableaux fort intéressants quoique composés de chiffres. Et d' abord voyons la figure générale du système. Ce petit tableau s' explique de lui-même. On voit que la dernière planète du système, Neptune, est trente fois plus éloignée que nous du soleil et près de quatre-vingt fois plus éloignée que Mercure. Comme la lumière et la chaleur diminuent en raison du carré de la distance , cette province extrême reçoit près de 6400 fois moins de lumière et de chaleur que la cité voisine de l' astre brûlant. On voit en même temps que l' année de Neptune est près de 165 fois plus longue que la nôtre et plus de 680 fois supérieure à celle de Mercure. En une année neptunienne la terre en a compté près de 165 et Mercure 684. Considérons maintenant les différences de grandeur et de poids des principaux globes du système, et classons-les en progression décroissante. p272 Ces chiffres s' expliquent aussi d' eux-même. On voit qu' en représentant la terre par 1, Jupiter, par exemple, a un diamètre 11 fois plus grand, et Mercure un diamètre qui n' est que les 37 centièmes, ou un peu moins des 4 dixièmes du nôtre . La masse du soleil est représentée par le chiffre 324400, tandis que celle de Mercure n' est que les 7 centièmes de la nôtre, et que celle de Neptune vaut à peu près 16 fois celle de notre globe. Le premier de ces deux tableaux nous montre qu' en représentant par 1 la distance de la terre au soleil, celle de Mercure p274 est désignée par les 387 millièmes, c' est-à-dire que Mercure est à un peu plus du tiers de la distance du soleil à la terre, en partant du soleil, Vénus aux 7 dixièmes environ, Mars une fois et demie plus loin que nous, Jupiter 5 fois plus loin, et ainsi de suite. Maintenant, au point de vue de l' absolu, comme ce n' est pas la terre, mais le soleil, qui est le centre de comparaison et le régulateur, il sera intéressant pour nous de nous représenter les distances des planètes exprimées en proportions du diamètre du soleil, les volumes et les masses en proportions du volume et de la masse de cet astre, et ce nouveau tableau sera plus naturel que les premiers, puisque le soleil est la véritable unité sidérale de notre système, à laquelle tout doit être rapporté. Ces chiffres veulent bien dire, comme on le comprend sans peine, que Mercure est éloigné du soleil à 83 fois le demi-diamètre de ce grand corps, Vénus à 155 fois, la terre à 214 fois, etc. ; que le diamètre de Mercure n' est que le 282 e de celui du soleil, c' est-à-dire qu' il faudrait 28 2 globes comme Mercure juxtaposés pour traverser le globe solaire, 108 globes comme la terre, près de 10 de Jupiter, etc. ; et que, quant aux masses ou aux poids, il faudrait plus de 5 millions de Mercures, ou 324400 terres, ou 19700 neptunes pour former une masse de même poids que celle du soleil. Jupiter pèse 309 fois plus que la terre, mais 1047 fois moins que le soleil. Son diamètre surpasse celui de la terre de plus de 11 fois, mais est inférieur à celui du soleil de 9 fois et 7 dixièmes. C' est là une planète importante, qui est pour ainsi dire intermédiaire, comme volume et comme masse, entre la terre et le soleil. Néanmoins, l' astre du jour domine le tout, comme le léviathan sur la mer domine une flotte d' embarcations l' accompagnant ; il pèse à lui seul encore sept cents fois plus que toutes les planètes réunies. p275 Des masses et des volumes, on conclut la densité des matériaux constitutifs de chaque monde. Ce petit tableau montre que le monde de notre système dont les matériaux constitutifs sont les plus denses est Mercure, et que celui qui est composé des substances les plus légères est Saturne. Dans les tableaux qui précèdent, nous n' avons pas tenu compte d' une zone de petites planètes qui gravitent entre Mars et Jupiter. Il y a là des fragments, des astéroïdes, dont un grand nombre ne mesurent que quelques dizaines de kilomètres de diamètre, qui proviennent soit d' une rupture de l' anneau originel, soit d' une ou plusieurs planètes brisées, et occupent la plus grande partie de l' espace compris entre l' orbite de Mars et celle de Jupiter. On en a déjà retrouvé plus de deux cents. Nos lecteurs complèteront la connaissance exacte qu' ils désirent avoir du système solaire en examinant attentivement le grand dessin ci-dessus, qui représente l' ensemble du monde solaire. Les orbites des planètes y sont dessinées dans leur ordre relatif, à l' échelle très simple de 1 millimètre pour 10 millions de lieues. Combien cette figure est intéressante à examiner ! C' est là, au troisième cercle, que nous sommes, que nous vivons et que nous tournons, là tout près du foyer lumineux. Ne sommes-nous pas brûlés, ne sommes-nous pas aveuglés, comme des papillons tournant autour d' un flambeau ? Quand on songe que toutes les destinées matérielles, morales, religieuses et politiques de la terre et de la lune se passent dans ce petit point ! ... l' inspection de ce plan topographique de l' univers solaire ne révèle aucune proportion dans les distances des orbites. Ne trouvez-vous pas que la distance de Saturne à Uranus paraît trop grande ? Elle est, en effet, la même que celle d' Uranus à Neptune, ce qui détruit la progression. L' astronome Titius avait remarqué, au siècle dernier, et Bode a publié cette remarque qui porte son nom, que l' on peut exprimer les distances successives des planètes au soleil par une progression très simple. écrivons, à la suite les uns des autres, les nombres successivement doublés : (..). p276 Mettons un zéro pour premier terme, ajoutons 4 à tous les nombres, nous trouvons : (..). Or, il se trouve qu' en représentant par 10 la distance de la terre, celles des autres planètes correspondent approximativement à ces nombres, comme on peut en juger du reste : (..). La planète Uranus, découverte depuis, est venue se placer à la distance 192, qui diffère fort peu de 196, chiffre obtenu en continuant la série ((..)). Mais Neptune, au lieu de se trouver à (..) ou 388, se trouve à 300 , c' est-à-dire beaucoup trop proche.